Le Canada, une bombe à retardement linguistique?
« Je m’intéresse beaucoup à l’ethnicité. C’est quelque la chose qui me motive depuis 1970 », affirme, en substance, celui qui est né au début des années 1950 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.
L’un des livres très connus qu’il a écrits En italiques. Réflexion sur l’ethnicité, a eu un grand retentissement, le poussant même à l’« exil ». Dans cet essai, il élabore sa théorie sur la langue et la culture, qui sont deux éléments qu’il considère comme distincts.
L’écrivain a longtemps eu sa propre maison d’édition. Ce milieu, il le critique allègrement dans ce livre, car les gouvernements, au Canada, ne subventionnent que les œuvres en langues anglaise et française. Or, il estime que le Canada ne devrait pas se contenter de ses deux langues nationales. Il devrait plutôt s’ouvrir au plurilinguisme.
L’identité au cœur de l’œuvre
Cette discussion autour du livre En italiques replonge M. D’Alfonso dans sa passion de l’ethnicité et des langues, en général, et du bilinguisme canadien qu’il pourfend, en particulier.
« On est un des seuls pays au monde où il y a la loi de la langue. L’Angleterre n’a pas une loi qui dit que c’est l’anglais, donne-t-il en exemple.
« La France n’a pas une loi qui dit “nous sommes des Français”. Ça peut devenir allemand. Ça dépend du peuple. C’est la démographie qui fait que le pays avance. Tu mets une loi comme la langue, tu ne peux plus avancer. Ça veut dire que ton identité est mariée à la langue. Ce qui est totalement faux! »*
« C’est le cœur de mon œuvre, donc ce n’est pas très aimé, c’est clair, ajoute-t-il, rieur, en parlant de ce sujet chaud. On n’aime pas du tout ce que j’écris. On aime bien quand je parle de l’amour. »
L’amour, un autre sujet qui le passionne, lui sert alors de moyen pour passer ses messages de nature identitaire ou politique.
Depuis le premier livre qu’il a publié en 1973, M. D’Alfonso a écrit 40 livres, chacun rédigé en français, en anglais ou en italien.
« L’écriture, c’est quoi? C’est une lettre d’amour au lecteur. On écrit toujours avec quelqu’un en tête », déclare-t-il pour signifier tout le respect qu’il voue à ses lecteurs. Depuis 40 ans, il leur a autant consacré de la poésie, des romans que des essais. Son trilinguisme lui a également permis de traduire de nombreux poètes québécois vers l’anglais, notamment.
L’homme, qui a étudié le cinéma à l’université—il dit avoir récemment reçu un doctorat de l’Université de Toronto—, est venu à l’écriture par amour pour une fille.
« Je pense que c’était pour séduire cette fille », raconte-t-il en pointant la photo de la couverture de l’un des livres disposés devant lui pour l’entrevue. « C’était ma première blonde, à 14 ans. Moi, je suis Italien, et on était à l’école anglaise, et elle était francophone, alors c’était une façon pour moi d’aller la chercher. »
Des ateliers pour tous
Dans les ateliers qu’il offrira tout l’automne dans les deux bibliothèques de l’arrondissement Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles, M. D’Alfonso montrera comment scénariser une histoire à l’aide d’une structure de texte qu’il a lui-même élaborée.
Les ateliers seront donnés à la bibliothèque Pointe-aux-Trembles (tél. 514 872-6987), deux fois par mois, les mardis, de 18 h à 19 h 45, ainsi qu’à la bibliothèque Rivière-des-Prairies (RDP) (tél. 514 872-9425), à raison de trois rencontres, les dimanches, de 13 h 30 à 15 h 30.
Un atelier sera également en langue italienne, à raison de quatre rencontres, les dimanches, à 13 h 30, à la bibliothèque RDP.
*M. D’Alfonso cite en exemple le cas des États-Unis, qui seraient, selon lui, plus diversifiés en raison de l’absence d’une langue officielle commune, l’anglais. Or, le site us-english.org évalue que la plupart des législations d’État dans ce pays ont au moins adopté l’anglais comme langue officielle.