L’état du français à Rivière-des-Prairies
Cette situation est en partie due à la forte communauté immigrante de Rivière-des-Prairies. Un phénomène qui, bien entendu, caractérise la plupart des quartiers montréalais.
Mais la différence entre Rivière-des-Prairies et les autres quartiers de l’est de la métropole réside dans le fait que les immigrés ont proportionnellement choisi davantage de passer à l’anglais qu’au français.
Ainsi, si 51,8 % des 54000 résidents parlent français à la maison, 26,1 % parlent anglais. Cette proportion, qui équivaut à 13400 personnes, dépasse de beaucoup le nombre d’anglophones de naissance, qui sont, selon le dernier recensement de 2006, 4910.
Ce transfert vers l’anglais est très ancien dans le quartier, puisque 70 % des immigrés sont arrivés avant 1990 au pays.
« Ce sont souvent des Italophones qui avaient obtenu le droit de fréquenter les écoles anglaises avant 1976 », affirme Pierre Serré, un chercheur indépendant en sciences politiques et spécialiste des comportements électoraux des groupes linguistiques au Québec. En effet, après l’élection du Parti québécois en 1976, la Charte de la langue française adoptée en 1977, communément appelée la loi 101, a forcé les nouveaux arrivants à fréquenter le réseau scolaire français de la province.
Comme la population d’origine italienne est estimée à 21675 individus, et que 15365 Prairivois disent être de langue maternelle italienne, M. Serré affirme qu’une bonne partie d’entre eux sont passés à l’anglais dans la vie de tous les jours.
Une faible capacité d’intégration
Il serait naturel de croire qu’il s’agit d’une situation répandue à Montréal. Sauf que dans les quartiers adjacents, une majorité d’immigrés allophones, c’est-à-dire ne parlant ni français ni anglais, sont passés au français.
Selon des calculs effectués par Gérald Paquin, qui enseigne à l’École de technologie supérieure (ETS), les substitutions avantagent le français dans les arrondissements de Montréal-Nord et d’Anjou dans 70 % des cas.
Inversement, dans l’arrondissement Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles, les substitutions se font dans 58 % des cas vers l’anglais. Et comme Pointe-aux-Trembles est à 94 % francophone, la communauté anglophone qui grossit le plus est celle de Rivière-des-Prairies.
Ces trois arrondissements ont pourtant des proportions comparables de francophones, d’anglophones et d’allophones, fait remarquer M. Paquin dans sa conclusion.
Les anglophones du Québec qui font partie de la minorité historique d’origine britannique ne dépassent pas les 3 % de la population du Québec, estime M. Serré. Cette surreprésentation et cet attrait pour l’anglais ne favoriseront donc pas le français dans les années à venir.
« Le milieu, ici, on le sait, supporte parfaitement l’utilisation de l’anglais, mentionne-t-il en parlant de Montréal de façon générale. Quelqu’un qui est unilingue anglais en arrivant, il n’a aucune obligation sociale d’apprendre le français. Il peut parfaitement se débrouiller uniquement en anglais. »
La capacité d’accueil du Québec est aussi limitée, ajoute M. Serré. Des États américains aussi, sinon plus populeux que le Québec accueillent moins d’immigrants que les 50000 nouveaux arrivants qui s’établissent chaque année au Québec.
« La capacité d’intégration des immigrants, elle est de loin inférieure à 50000 », laisse-t-il entendre, si elle n’est pas inférieure à 30000. Une estimation de la capacité d’accueil réelle demeure toutefois bien hypothétique.
Quant à l’évolution de l’anglais dans Rivière-des-Prairies, il faudra attendre le recensement de 2011 pour avoir des données plus fraîches. À moins que, comme l’ont fait remarquer certains chercheurs, les nouvelles méthodes de Statistique Canada rendent ces informations moins fiables…