Rivière-des-Prairies
14:03 30 janvier 2020

Une future voie réservée sur Armand-Bombardier?

Une future voie réservée sur Armand-Bombardier?
Photo: Quentin Parisis - Informateur RDP

La Société de transports de Montréal envisage l’implantation d’une voie réservée pour ses autobus sur le boulevard Armand-Bombardier, dans l’est de Montréal, alors que la Ville vient d’adopter un règlement lui permettant de créer de nouvelles voies réservées, sans l’accord des arrondissements.

Le boulevard Armand-Bombardier, qui se transforme en boulevard Ray-Lawson dans Anjou, a été identifié comme «un axe propice à l’implantation de mesures préférentielles pour bus (MPB)» indique Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la STM, dans un document obtenu par L’informateur. La lettre mentionne  que le tronçon étudié irait du boulevard Perras, dans Rivière-des-Prairies, au boulevard Châteauneuf, dans l’arrondissement d’Anjou, soit environ 4,5km.

Les MPB, comprennant soit des feux prioritaires, soit des voies réservées pour les autobus, visent à améliorer de façon «concrète» la fluidité et la ponctualité des autobus du réseau de la STM.

Pour Giovanni Rapanà, conseiller à la Ville pour le district de Rivière-des-Prairies, «il n’y a pas de problème de trafic sur le boulevard Armand-Bombardier. Donc la voie réservée ne change absolument rien pour la course du bus», explique-t-il. De nombreux triplex sans stationnement sont implantés en bordure du boulevard, ajoute l’élu en indiquant que de telles mesures seraient source de mécontentement.

«Je ne suis pas contre la voie réservée qui peut améliorer la ponctualité des bus, mais il faut tenir compte des autres citoyens : où vont-ils stationner?», confie-t-il. Même son de cloche pour Nathalie Pierre-Antoine, conseillère d’arrondissement pour Rivière-des-Prairies. Selon elle, ces mesures préférentielles sont importantes, mais il ne faut pas oublier la particularité de chaque quartier et rester à l’écoute des citoyens.

De son côté, Caroline Bourgeois, mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles, souhaite particulièrement éviter que la saga de la voie réservée sur le boulevard Maurice-Duplessis ne se répète. Elle rappelle d’ailleurs que pour l’instant «il n’y a aucune certitude de voie réservée sur Armand-Bombardier». Selon elle, pour rendre les transports collectifs plus attractifs dans le quartier, «il faut prendre les moyens requis et la voie réservée est une manière efficace» de compétitionner contre la voiture.

Centralisation des pouvoirs

Même si la réalisation du projet est encore hypothétique, elle suscite des premiers questionnements, notamment après l’adoption d’un nouveau règlement permettant à la ville-centre de créer de nouvelles voies réservées sur les grands axes sans avoir à obtenir l’accord des arrondissements.

Dans les documents officiels, la Ville estime que la centralisation lui permettra de «planifier et d’établir un réseau intégré et pan montréalais» de voies réservées, de concert avec la STM. L’administration entend ainsi «réduire les délais» d’implantation et rendre la circulation «la plus efficace possible».

Jusqu’ici, le fait de garder ce pouvoir dans le giron des arrondissements contribuait à «alourdir le processus» d’implantation de nouvelles voies, en plus d’entraîner «certaines discontinuités le long d’un axe».

«Cette situation peut parfois entraîner un manque d’homogénéité dans le type d’aménagement de voies réservées proposé d’un arrondissement à l’autre», insiste la Ville.

De son côté, Giovanni Rapanà estime que l’adoption du règlement et le lancement de l’étude montrent déjà une déconnexion de l’administration de la ville-centre avec la réalité de chaque arrondissement.

«La Ville-centre fait des calculs scientifiques sur le papier, mais la réalité sur le terrain est très différente». Nathalie Pierre-Antoine juge que la Ville de Montréal est allée «un peu loin» en centralisant les pouvoirs.

«Il faut pouvoir décentraliser, ajoute-t-elle. Je ne pense pas que la Ville de Montréal aime lorsque le gouvernement du Québec s’impose chez eux. Donc pourquoi la Ville devrait s’imposer sur des compétences d’arrondissement?», demande-t-elle.

Le maire d’Anjou, Luis Miranda, dénonce également l’appropriation du contrôle des artères par la ville-centre.

«Ici, on est à une extrémité de Montréal, l’automobile fait partie de notre culture. C’est clair qu’il faut absolument qu’on pollue le moins possible. Mais une réalité d’Anjou est qu’on est un des arrondissements où on a besoin de l’automobile à cause de nos carrefours autoroutiers», explique-t-il. Il ajoute que son arrondissement dénombre de nombreux grands axes tels que Châteauneuf, Roi-René, Joseph-Renaud, Galerie d’Anjou, Beaubien, des Roseraies.

Après avoir voté en faveur du nouveau règlement, Caroline Bourgeois soutient que «les arrondissements vont continuer à être consultés puis intégrés dans le processus». Elle ajoute que «ça ne nous empêche pas, nous comme élu local, de faire part des réalités et des particularités de notre territoire et cette collaboration-là a toujours existé avec la STM».