Projet-pilote contre l'agrile du frêne dans RPP
Certains auront peut-être remarqué la présence de prismes triangulaires verts à la cime de certains frênes, notamment aux parcs Père-Marquette et du Pélican ainsi qu’aux abords du boulevard Pie-IX et de la rue Garnier. Il ne s’agit pas de lanternes, mais plutôt de pièges à phéromone et kairomones; deux substances olfactives utilisées dans le cadre d’une étude pour déceler le parasite venu d’Asie.
« [Dans le cas des pièges à phéromones], l’insecte va être attiré par la couleur et l’odeur. Or, jusqu’à tout récemment, on ignorait que l’agrile communique grâce à des substances chimiques. Toutefois, l’olfaction n’est pas un sens très développé chez lui; on n’ira pas chercher des spécimens qui sont très loin du piège », explique le chercheur, qui mène également son étude dans les arrondissements Ville-Marie, Outremont et Plateau-Mont-Royal.
Si la phéromone a fait ses preuves pour attirer le parasite dans un piège, l’équipe de recherche travaille actuellement à développer une substance chimique générique qui aurait le même effet, mais qui pourrait être produite à moindre coût.
À savoir si ces dispositifs olfactifs seront déployés sur l’ensemble du territoire montréalais, M. Lavallée en doute, puisque l’agrile du frêne y est déjà présent.
« Dans certains arrondissements ou villes de banlieue où l’insecte n’est pas encore rendu, ça pourrait être intéressant pour le détecter. Par contre, à Hochelaga et à Rosemont, on le sait déjà qu’il est là », indique-t-il.
D’autres armes biologiques à l’essai
Parallèment, l’équipe de M. Lavallée expérimente d’autres types de pièges biologiques, notamment au Jardin botanique; une première en Amérique du Nord.
« Il s’agit d’un dispositif de type Lindgren que l’on a légèrement modifié, explique M. Lavallée. De couleur verte, il est constitué de plusieurs entonnoirs glissants qui conduisent à une pochette d’orge où pousse un champignon. Une fois ingéré par l’agrile, il se développe dans son corps et le tue en cinq jours. »
Durant cette période, les insectes infectés se déplacent et contaminent, à leur tour, leur colonie, décuplant ainsi la portée du pathogène.
« L’agrile est tellement difficile à trouver, que je le laisse plutôt trouver lui-même ses partenaires », indique le chercheur, précisant que l’agrile est « polygame ».
Le système est accroché tout en haut de l’arbre, là où il attaque le frêne. À côté, on trouve un autre piège, collant, installé pour attraper l’agrile et vérifier les effets de cette tactique.
« Ici, on travaille en laboratoire à ciel ouvert. On implante ce champignon, mais on ne sait pas encore ce que cela va donner. Mais on utilise tous les outils que l’on a sous la main, car le mal est tellement présent. C’est David contre Goliath en ce moment », déplore M. Lavallée, qui travaille en collaboration avec le Centre INRS-Institut Armand Frapier.
Un autre espoir
En plus du champignon, une guêpe nommée Tetrastichus planipennis, de taille microscopique, pourrait devenir la meilleure alliée des frênes.
« Elle vient d’Asie et a été importée comme nouvel agent de lutte biologique, spécifique à l’agrile. Elle peut pondre une quarantaine d’œufs directement dans les larves de l’insecte. Une fois éclos, ils dévorent leur hôte et provoquent leur mort », explique M. Lavallée.
Inoffensive pour l’humain, les effets de cette guêpe ont déjà été testés aux États-Unis, en Ontario et à Gatineau, mais son implantation est très réglementée et de nombreux paramètres sont à prendre en compte avant de la voir arriver à Montréal.
*En collaboration avec Stéphanie Maunay
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Phéromone et kairomone: quelle est la différence?
Une kairomone est une odeur produite par une espèce, mais qui bénéficie à une autre espèce. Les phéromones sont des odeurs qui sont émises par les espèces pour le bénéfice de leur propre espèce (ex. phéromone sexuelle, phéromone d’agrégation), explique Renée Pageau, relationniste à la Ville de Montréal.