La danse dans le sang

La danse dans le sang
Photo: Félix Lacerte-GauthierChaque jour, Cindy se rend à l’Académie de danse de Montréal, à Saint-Léonard, où elle est à la fois élève et enseignante.

Pratiquant la danse depuis son enfance, Cindy Mateus voit maintenant ses efforts récompensés, alors qu’elle a gagné de nombreux prix depuis le début de l’année. Grâce à l’un de ceux-ci, elle s’envolera, au cours de l’été, vers Los Angeles, où elle pourra perfectionner son art.

Assise dans l’un des studios de l’Académie de danse de Montréal, sur le boulevard Langelier, qu’elle fréquente depuis toujours, Cindy semble gênée de revenir sur ses nombreux succès. Ses yeux se mettent toutefois à briller alors qu’elle commence à parler de son amour pour la danse. « Elle reste toujours humble, confirme la directrice de l’Académie, Mélanie Hattem. Elle a vraiment une personnalité extraordinaire et elle est un modèle exemplaire pour nos jeunes élèves. On est choyé de l’avoir ! »

Pourtant, son parcours n’a pas été des plus facile. « À ma naissance, j’avais une malformation à l’une de mes hanches, et je devais porter un harnais, confie Cindy. À l’âge de 3 ans, pour finaliser mon rétablissement, mes parents m’avaient inscrite à des cours de gymnastique et de danse. Au fil du temps, c’est devenu une passion pour moi. »

C’est à l’âge de 12 ans, lors d’un cours de danse contemporaine, que Cindy a su qu’elle voulait vivre de cet art. « J’en étais sortie et j’ai dit à ma mère : “c’est ça que je veux faire”, révèle-t-elle dans un sourire. Lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire plus grande, j’essayais de “fitter” dans les attentes, mais en mon cœur, ça restait la danse. »

À partir de ce moment, elle a commencé un programme de Danse-étude, dans les styles classique et contemporain, à l’Académie du ballet métropolitain, en plus de continuer en parallèle son apprentissage à l’Académie de danse de Montréal.

 

Définir son style
À travers ses chorégraphies, elle souhaite franchir la barrière entre les différents genres. « Mon style est grandement basé sur le contemporain, mais je m’inspire également du classique et de la danse urbaine », explique Cindy.

« Elle a une fluidité, une souplesse, une force et une technique impeccable. Elle est capable également de dégager ses émotions lors de ses interprétations, souligne Mme Hattem. Elle a énormément de forces, mais surtout elle a une éthique de travail impeccable. Elle est tout le temps dans le studio à pratiquer ! »

Ses années de travail ont été récompensées, alors qu’elle a été nommée danseuse de l’année lors de trois compétitions en 2019 : Au Idance, lors du 5678 Showtime, une compétition pancanadienne, ainsi qu’au Fever. Elle a de plus terminé première en contemporain au Youth American grand prix (YAGP). « Je ne m’y attendais vraiment pas, s’exclame-t-elle. J’étais surprise, parce que je sais que là-bas [au YAGP], c’est assez conservateur comme style. Je n’étais pas certaine que ma performance passerait. »

Pour Mme Hattem toutefois, ses succès sont bien mérités. « Elle a fait partie de mes premières élèves, lors de mes débuts. Au cours des 15 dernières années, j’ai pu la voir grandir et évoluer. Elle est vraiment enthousiaste et venait toujours aux cours remplie d’énergie et prête à travailler. » La directrice remarque également que Cindy a dû persévérer et surmonter de nombreux défis, avant de connaître le succès.

Vouloir vivre de son art
Grâce à ses performances, Cindy a remporté une bourse de 5 000 $ pour aller en juillet à Los Angeles, où elle aura droit à un entraînement auprès de professionnels du milieu. « J’étais fière, c’est tout un honneur. J’ai vraiment hâte d’y aller, avoue-t-elle. Je n’y ai encore jamais été. Je m’attends par contre à un “training” assez intense. Au bout du compte, toutes mes heures de travail m’ont servi et me permettent de faire ce que j’aime. »

La directrice de l’Académie de danse de Montréal, Mélanie Hattem, en compagnie de Cindy Mateus. Les deux femmes ont pu développer une belle complicité au cours des quinze dernières années.

Entre-temps, Cindy reste bien occupée. Elle continue de s’entraîner une trentaine d’heures par semaine aux deux académies, qui lui permette chacune de développer des aspects différents de son répertoire. Elle donne également à son tour des cours de danse à l’Académie de danse de Montréal.

À cela s’ajoutent les études, alors qu’elle est dans le programme de création littéraire du Cégep du Vieux Montréal. Cela lui permet néanmoins d’ajouter une corde à son arc. « Apprendre une autre forme d’art me permet de travailler sur ce que je fais dans la danse, analyse-t-elle. Vu que j’étudie le côté littéraire, ça amène une touche plus narrative à mes chorégraphies. Je sais davantage comment amener une émotion et la projeter. »

À terme, Cindy espère intégrer une compagnie de danse afin de lancer véritablement sa carrière professionnelle. Entre-temps, elle a notamment pu cumuler quelques autres expériences, participant notamment à Unspoken, une vidéo promotionnelle réalisée par la Fondation P.K. Subban, et à une chorégraphie lors du Bal de la Jonquille, entre autres.

« Je ne serais jamais parfaite, mais j’essaie encore de m’améliorer du côté urbain, d’en apprendre davantage les fondations pour les amener du côté contemporain, afin de fusionner les genres, dévoile-t-elle. J’aimerais diversifier davantage la danse contemporaine, la faire sortir de son cadre plus néoclassique, lyrique et l’amener plus loin avec les danses urbaines. »

Restant insatiable, à peine l’entrevue terminée, Cindy est déjà de retour dans le studio, à travailler ses différents mouvements.