S'intégrer grâce à la couture
Mains utiles, tel est le nom du nouvel organisme fondé par la femme de 36 ans d’origine haïtienne, installée dans le quartier depuis 8 ans. Celle qui a étudié en design de mode au collège Lasalle veut bien plus qu’évoluer dans cet univers: elle souhaite conjuguer sa passion pour la mode et son envie de soutenir les nouvelles arrivantes, toutes nationalités confondues, de l’est de Montréal.
« Quand on arrive ici, ce n’est pas facile, se souvient Mme Céleste. On se sent désorientée. C’est pourquoi j’ai réfléchi à la façon dont je pouvais aider les femmes immigrantes comme moi. Je veux leur apprendre à coudre et leur offrir un service d’écoute et de motivation ».
En transmettant des connaissances pratiques en couture, cette dernière espère leur insuffler une dose de courage. « Certaines d’entre elles ont juste besoin d’un déclic pour se prendre en main », soutient-elle.
Les femmes qui se joindront aux ateliers pourront donc confectionner des articles tels que des sacs à bandoulière, des jupes, des robes, des pyjamas ou encore des tabliers de cuisine. Ces articles seront ensuite vendus, à prix modique, dans la boutique communautaire de l’organisme et contribueront à le financer.
Mais surtout, Mme Céleste espère que les participantes y verront l’occasion d’apprendre à se connaître entre elles, se familiariser à la société d’accueil et ainsi, mieux réussir leur intégration. «On prévoit organiser des séances d’information sur le pays d’accueil ou l’estime de soi, par exemple, avec des professionnels de divers milieux », avance-t-elle.
La couture, un art qui est loin d’être dépassé selon Mme Céleste, deviendra donc un véhicule d’insertion pour ces femmes dans la communauté. « La demande est grande pour les femmes qui veulent coudre. Il n’y a pas d’âge pour ça! Il y a une liste d’attente pour les cours de couture à Petites-Mains (organisme basé à Saint-Laurent qui aide les immigrantes exclues du marché de l’emploi) ».
L’intégration, un défi pour les femmes
Depuis qu’elle est arrivée au Québec, Mme Céleste remarque que les femmes font face à plus d’obstacles pour trouver leur place dans la société d’accueil.
« On ne sait pas par où commencer, affirme-t-elle. Une grande majorité d’immigrantes vont s’isoler. C’est plus facile pour les hommes de faire des rencontres et de trouver un emploi », considère-t-elle.
« C’est surtout le cas pour les femmes à la maison. Je ne dis pas qu’elles sont des victimes, mais ça leur prend plus de temps pour se créer un réseau », nuance-t-elle.
Mme Céleste croit que cette situation peut être causée par le fait que certaines n’étaient pas prêtes à immigrer, comme celles qui ont quitté Haïti dans l’urgence après le séisme. Les femmes qui sont peu scolarisées éprouvent aussi plus de difficultés, juge-t-elle.
Malgré toutes ces embûches, Mme Céleste croit qu’il ne faut pas perdre espoir. «La vie doit continuer quand on quitte notre pays. Il faut trouver l’énergie pour avancer et améliorer ses conditions de vie. On connaît la réalité, mais ne nous laissons pas influencer par ça. Il y a beaucoup de possibilités ici », fait-elle valoir sur un ton optimiste.
« Il faut se rappeler les raisons pour lesquelles on est arrivé au Québec. On a besoin de coachs qui sont là pour nous soutenir », poursuit celle qui a croisé sur son chemin Félicidades Joseph, responsable de l’Association haïtiano-canado-québécoise d’aide aux démunis. Mme Céleste, qui souhaite faire de même envers d’autres femmes, est toujours bénévole pour cet organisme de Saint-Léonard.
Mains utiles est présentement à la recherche d’un local à prix abordable dans le quartier. L’organisme prévoit débuter ses activités en octobre prochain. Pour information: 514 993-9128 ou mainsutiles@hotmail.ca.
Les avantages de la couture, selon Manoucheka Céleste
-Économiser en confectionnant ses propres vêtements
-Rendre service aux membres de sa famille
-Se procurer un revenu en affichant ses services (pour des altérations, par exemple)
Profil des nouveaux arrivants à Saint-Léonard
-Les nouveaux immigrants, qui ont obtenu leur statut d’immigrant reçu entre 2001 et 2006, proviennent principalement de l’Algérie (30 %), du Maroc (15 %) et d’Haïti (8 %)*
-Les 17 965 personnes qui font partie des minorités visibles constituent 25 % de la population totale de l’arrondissement