Tête forte… et blanche
Environ 80 participantes ont répondu « présente » à cette invitation, qui a célébré à sa manière la Journée internationale des femmes. « Chaque année, nous avons invité une personnalité artistique connue. Nous avons reçu Louisette Dussault et Danielle Ouimet par le passé, rappelle Catherine Simard, travailleuse au Carrefour des femmes. Cette année, on a pensé à Béatrice Picard, car elle fait partie de la communauté artistique du Québec depuis longtemps. »
En effet, Mme Picard joue au théâtre, à la télévision et au cinéma depuis 65 ans. « Et j’ai déjà des contrats pour l’année prochaine! », s’est exclamé la dynamique femme de 83 ans.
La longue expérience de celle qui double la voix québécoise de Marge Simpson depuis plus de 20 ans a effectivement rendu la conférence très intéressante pour les femmes présentes, en majorité des aînées.
Prendre sa place
Mme Picard a insisté à quelques reprises sur l’importance pour les aînés de s’affirmer. « C’est pas parce que j’ai un pied dans la tombe que vous devez marcher sur l’autre! », a-t-elle imagé, faisant rire le public rassemblé dans la cafétéria du centre Wilfrid-Bastien. « Les jeunes vont prendre leur place, ne vous inquiétez pas. Les adultes ont les connaissances et les moyens pour le faire. Mais les aînés ont tellement été mis de côté, et ils ne veulent pas déranger. Chaque âge a son importance. » Elle a appuyé sur la nécessité pour les personnes âgées de ne pas avoir peur, car leur valeur réside dans leurs souvenirs.
Des souvenirs, Béatrice Picard n’en manque pas. Ni d’énergie. Avec entrain, elle a répondu aux nombreuses questions qui avaient été préparées pour elle. Une de ces celles-ci portait sur les différences entre son métier à l’époque où elle a débuté et aujourd’hui. « La différence, a-t-elle expliqué, ce sont les écoles de théâtre. Aujourd’hui, les jeunes sortent des écoles et ils sont préparés. Moi, je n’étais pas prête à jouer quand j’ai commencé dans le métier. Et j’ai beaucoup appris des anciens. »
De Casgrain à Picard
Par ailleurs, elle a déploré que l’équité salariale entre hommes et femmes ne soit pas encore atteinte dans son métier. « À l’époque, les femmes gagnaient moins parce que c’étaient supposément les hommes qui ramenaient le salaire à la maison. Les femmes qui travaillaient le faisaient « par plaisir », disait-on. »
Avant de devenir comédienne, celle qui a confirmé sa popularité en jouant dans les séries Cré Basile et Symphorien pensait devenir avocate. Aussi a-t-elle suivi son cours classique, seule fille dans une classe de garçons. Dans l’assistance, on lui a demandé si beaucoup de femmes avaient accédé à cette profession à cette époque. « Il y avait Thérèse Casgrain, qui avait appris le droit dans le but de défendre les femmes. Mais c’était pas mal la seule », se souvient-elle.
Même si elle a dépassé l’âge de la retraite depuis 20 ans, Mme Picard continue de monter sur les planches avec la compagnie de théâtre pour les jeunes Bluff.