Montréal
05:00 10 décembre 2020 | mise à jour le: 10 décembre 2020 à 16:31 temps de lecture: 4 minutes

Élever des insectes comestibles par conviction

Élever des insectes comestibles par conviction
Photo: Félix Lacerte-GauthierSandra Barreto Sarmiento avait d'abord commencé l’élevage d’insectes dans son logement de Villeray pour diversifier l’alimentation de sa famille.

D’enseignante de physique au cégep à éleveuse d’insectes comestibles ? C’est le parcours de Sandra Barreto Sarmiento, une mère de famille qui a fondé Éco-Protéine, une entreprise qui transforme les bêtes à six pattes en substituts de viande pour hamburgers.

En entrant dans son local, c’est d’abord le chant des grillons, facilement reconnaissable, qui surprend. Très nombreux, ils offrent un bruit de fond inattendu. Ensuite, c’est l’odeur des fruits fermentés qui frappe. Forte, elle prend aux narines, avant qu’on finisse par s’y habituer.

«Les insectes sont nourris de résidus de fruits et de pains provenant de commerces voisins», explique Sandra Barreto Sarmiento, debout devant une série d’étagères remplies de bacs.

C’est dans ces boîtes que vivent les insectes, regroupés selon leur stade de vie, et destinés à se retrouver dans une assiette.

«Ils ont des protéines de haute qualité; ils contiennent tous les acides aminés dont on a besoin, en plus d’être très nourrissants», souligne Mme Barreto.

En plus d’en faire l’élevage, c’est elle qui en assure la transformation. Une fois à maturité, les insectes sont tués au congélateur, blanchis, déshydratés, puis mis en poudre. C’est cette dernière qui se retrouve dans les burgers d’Éco-Protéine.

«Les gens ont peur de voir les insectes, concède l’éleveuse de grillons. C’est pour ça que j’ai décidé de les vendre de façon transformée, pour les rendre plus faciles à accepter.»

«C’est très difficile d’en faire manger aux Québécois. Mais lorsqu’on faisait des dégustations, une fois qu’ils y goûtaient, ils en achetaient.» – Sandra Barreto Sarmiento, propriétaire d’Éco-Protéine

Se lancer par conviction

C’est par respect pour ses convictions écologiques que Sandra Barreto Sarmiento a initialement décidé d’ajouter des insectes dans l’alimentation de sa famille.

«Je sais que la consommation de viandes rouges n’est pas très bonne pour l’environnement. On aime la viande et on ne l’élimine pas, mais il faut la réduire», plaide-t-elle.

Originaire de Colombie, Mme Barreto a immigré au Québec en 2005 pour rejoindre son mari.

«Là-bas, on mangeait des fourmis, qui sont prises dans la nature. Quand je suis arrivé ici, je voulais améliorer l’alimentation de mes enfants, et j’ai fait des recherches pour voir quelles sortes d’insectes [comestibles] on peut trouver», raconte celle qui a une maîtrise à l’Université de Montréal.

C’est finalement dans des animaleries qu’elle a pu dénicher des grillons et des ténébrions; des insectes destinés à l’alimentation des reptiles de compagnie.

Les débuts ont été modestes. Elle en a commencé l’élevage il y a quatre ans, dans la chambre de son fils dans le logement familial de Villeray.

«C’était un petit projet familial, et petit à petit, ça s’est agrandi. La croissance des insectes est exponentielle», souligne-t-elle.

C’est lorsque son fils n’était plus capable de dormir la nuit en raison de leur chant qu’elle a décidé de louer un local pour son entreprise naissante. D’abord dans Hochelaga, puis à la Centrale Agricole, près du Marché central. D’un même élan, afin de se consacrer pleinement à sa passion, elle a décidé de quitter son poste d’enseignante pour se consacrer aux insectes.

«Je ne suis pas capable de vendre un produit auquel je ne crois pas. Tout le monde ici mange des insectes et croit que c’est une bonne solution pour l’environnement

Pas à pas, elle augmente le nombre de points de vente, approvisionnant de petits commerces locaux, en plus de proposer des commandes en ligne. Son souhait est d’approvisionner les grandes chaînes d’épicerie. Pour cela, Sandra Barreto Sarmiento promet d’être patiente. Elle sait que ce grand changement sera long à adopter.

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