L’arrondissement donnera ses contrats privés aux cols bleus
En 2011, Anie Samson, la maire d’arrondissement, a refusé de signer un contrat avec Mivela Construction, la compagnie de M. Milioto, pour la réfection de trottoirs. Le montant était 44% plus élevé que les estimations. Après l’attente réglementaire de six mois, l’arrondissement est retourné en appel d’offres. Cette fois, le plus bas soumissionnaire proposait un prix 25% plus élevé. Depuis, les travaux sont sur la glace.
Pourquoi refuser alors que tous les arrondissements voisins procédaient quand même? «On ne peut pas accepter des contrats aussi gonflés, s’exclame Mme Samson, ça ne se fait pas! Dans d’autres arrondissements, entre autres à Rosemont – La Petite-Patrie, ils ont donné les contrats et après, ils ont appelé l’unité permanente anti-corruption. C’était juste pour faire un show? Nous, on a agi dès le début.»
Mme Samson savait-elle alors qu’elle avait possiblement affaire à de la collusion? «On savait que c’était trop cher», répond-elle.
Par ailleurs, elle n’a pas eu de contacts avec l’entrepreneur. «[Après le refus du contrat], M. Milioto m’a appelée, mais je ne lui ai pas parlé.»
Cet affront ne l’inquiète pas outre mesure. «Quand on fait de la politique, on choisit notre stress. Au moins, je fais mon travail et je le fais correctement pour mes citoyens.»
Pionniers dans la réattribution
En attendant, les travaux ont simplement été retardés. L’arrondissement a commencé à penser à donner les contrats à ses cols bleus, une démarche qui demandait de la préparation, alors qu’aucun autre arrondissement ne l’avait fait avant.
«On est rendus à l’étape de la formation, les salles de cours sont réservées, affirme Anie Samson. On n’attend plus que la lettre du syndicat des cols bleus qui confirme qu’ils acceptent ces tâches.»
L’arrondissement souhaite que cette nouvelle collaboration avec les cols bleus soit viable à long terme. Il faudra attendre à l’automne prochain pour comparer les coûts. «Comme ce sont des opérations temporaires, il y a des coûts additionnels, comme de la location d’équipement. Mais en bout de ligne, on devrait en avoir pour notre argent, estime Mme Samson. J’ai une extrême confiance en mes cols bleus.»
Au lendemain d’un premier témoignage opaque de M. Trottoir à la Commission Charbonneau, le maire intérimaire de Montréal, Michael Applebaum, a déclaré vouloir faire la même chose afin de contrer le gonflement des travaux de construction.