Prince Charles: sauver les ressources fragiles des océans
Le Sommet qui se tient au Brésil jusqu’à demain est l’occasion, pour le prince Charles, de dévoiler le plan de sauvetage des océans de son Unité de développement durable. Métro publie ses réflexions.
Il est trop facile d’estimer que l’état des stocks de poissons est un sujet déprimant. Heureusement, il y a du positif, et beaucoup de choses me donnent de l’espoir. Des recherches menées par mon Unité internationale de développement durable (International Sustainability Unit: ISU) révèlent qu’à plusieurs endroits dans le monde, des efforts ont été entrepris pour gérer de manière plus durable ces ressources vitales et renouvelables.
En 2008, les pays en développement ont vendu 27 milliards de dollars de poisson, en tant que produit d’exportation. La pêche répond aux besoins de 120 millions de personnes. Pour un milliard de personnes, le poisson est l’unique source de protéine animale. Ce que beaucoup considèrent comme un problème exclusivement lié à l’environnement est également un enjeu économique et social.
Tant qu’il y aura des poissons à pêcher, des millions de personnes continueront à bénéficier d’une sécurité d’emploi et de la cohésion sociale qui en résulte.
Les choses pourraient aller encore mieux. La Banque mondiale a récemment estimé qu’il suffirait d’une meilleure gestion des pêcheries pour augmenter de 50 milliards de dollars les revenus annuels de l’industrie. Alors, que devons-nous faire? Une étude faite par mon équipe ISU montre qu’un grand nombre de bonnes pratiques s’appuient sur trois éléments.
Premièrement, elles ont toutes été mises en œuvre dans l’optique que les poissons dépendent de leur environnement naturel pour survivre. Nous disposons d’un certain nombre d’instruments pour gérer les stocks de poisson de façon respectueuse pour les écosystèmes : meilleurs équipements de pêche, protection des stocks durant la période de frai, instauration de zones protégées, mesures préventives en matière d’exploitation.
En deuxième lieu, il convient de créer des règles précises et efficaces pour une pêche plus intelligente. Des règles qui seront imposées avec force. Elles comprennent un suivi continu des pêcheries, ainsi que des pénalités pour prévenir la pêche illégale.
Finalement, il y a l’aspect économique. Une gestion efficace des stocks de poisson assure aux pêcheurs une source de revenu stable et un niveau de vie décent. Il y a plusieurs méthodes de gestion des stocks. On pourrait améliorer l’étiquetage afin d’encourager les consommateurs à acheter du poisson et des fruits de mer de source durable. On pourrait établir des droits sur les zones de pêche, qui assureraient la pérennité de la ressource pour les pêcheurs.
Je crois également que l’octroi de subventions officielles en fonction d’objectifs environnementaux et sociaux ferait une énorme différence. Trop souvent, de bonnes initiatives sont neutralisées par un système de subventions inappropriées. Partout, de bonnes pratiques sont source d’espoir. En Indonésie, en Amérique, en Islande et au Vietnam, les pêcheurs commencent à adopter les pratiques convenables pour augmenter les stocks de poisson. Dans ces cas-là, les stocks se régénèrent et la communauté en profite. Le plus urgent, à mon avis, est de faire en sorte que ces méthodes se diffusent dans le monde entier, le plus vite possible.
La meilleure façon d’y parvenir passe par un processus que j’utilise déjà depuis des années dans d’autres secteurs : «Seeing is believing» (voir c’est croire). Il s’agit tout simplement d’inciter les gens à changer leur comportement en leur montrant des exemples concrets et positifs. J’espère que mon organisation (ISU) y contribuera.
Il est urgent d’associer de manière efficace les parties concernées. Tout le monde peut apporter sa contribution, notamment les consommateurs. Ils peuvent prendre conscience de la situation et acheter du poisson ou des fruits de mer de source durable. Lorsqu’on se rend compte que l’unique alternative est le déclin continu des stocks de poisson dans le monde entier, j’ai bien peur que nous n’ayons pas vraiment le choix de faire autrement.