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Mexique: les survivants du séisme font état de miracles

A poster of earthquake victim Alejandra Vicente Cristobal makes up part of a memorial on the corner of Torreon and Viaducto in Mexico City's Navarate neighborhood, Friday, Sept. 29, 2017. Eleven people reportedly died when the six-story, mixed-use building collapsed during Mexico's Sept. 19 earthquake. (AP Photo/Gustavo Martinez Contreras) Photo: The Associated Press

MÉXICO — Au travers des innombrables tragédies causées par la secousse de magnitude 7,1 qui a frappé le Mexique la semaine dernière, et dont le bilan s’établissait vendredi après-midi à 345 morts, des histoires de survie époustouflantes commencent à faire surface.

Une branche d’arbre a sauvé un technicien qui travaillait sur le toit d’un édifice qui s’est écroulé sous ses pieds, mais une dizaine de ses collègues n’ont pas eu la même chance.

Une gifle en plein visage a ramené à ses esprits un père, lui permettant de transporter en sécurité sa fille grièvement blessée.

Des voisins, des collègues et de simples passants sont intervenus pour tirer des victimes des décombres, pendant que des taxis, des voitures et même des autobus se transformaient en ambulances improvisées pour les amener à l’hôpital.

Le technicien de 67 ans, Conrad Vazquez Martinez, travaillait sur le toit d’un édifice de quatre étages dans le quartier de Roma Norte, à Mexico, quand tout s’est mis à trembler le 19 septembre.

«Je voulais aller sauver des gens, mais l’édifice était en train de s’écrouler, raconte-t-il depuis son lit à l’hôpital Magdalena de las Salinas, où il est soigné pour des fractures de la hanche et de la jambe. Alors j’ai couru et j’ai couru, et d’un saut j’ai agrippé une branche qui poussait près de l’immeuble.»

«Un autre employé et moi avions déjà parlé de cette branche. On avait dit, ‘Si jamais il y a un problème ici, nous sauterons par là’, s’est-il souvenu. Malheureusement, la branche était vieille et elle s’est brisée.»

Mais M. Vazquez Martinez n’a jamais lâché la branche, et ça lui a sauvé la vie. Il a plongé à travers les branches inférieures, jusque sur le trottoir devant un immeuble voisin, se fracturant la jambe et la hanche. Il y a ensuite eu un deuxième miracle: un balcon de métal est tombé par dessus lui, le protégeant partiellement des débris qui pleuvaient du ciel.

La branche d’arbre, qu’il tenait toujours, perçait dans les décombres une petite ouverture qui lui donnait un peu d’air.

«(Le balcon) a empêché les morceaux de ciment de me tomber directement dessus, poursuit M. Vazquez Martinez. Quand tout a eu fini de tomber, j’ai essayé de m’étirer, mais le ciment me semblait de plus en plus lourd, il m’écrasait, c’était toujours plus lourd.»

Étouffé par la poussière, M. Vazquez Martinez a remarqué qu’un contenant d’eau qu’il avait sur le toit avec lui était tombé à proximité. «Dieu est tellement grand qu’Il m’a même fourni de l’eau».

Il a crié et sifflé, et éventuellement ses collègues sont venus l’extirper. «Perdre mes collègues est la chose la plus douloureuse, dit-il. J’espérais m’en sortir pour sauver des gens, mais je n’ai pas pu. J’ai échoué.»

«Mais j’ai fait une chose. J’ai fermé la valve du réservoir de gaz sur le toit, ajoute-t-il en se souvenant de sa première réaction quand la terre a commencé à trembler. C’était une vraie bombe. Ça a peut-être sauvé tout le voisinage.»

La directrice de l’hôpital où il est soigné, la docteure Fryda Medina, s’est souvenue que le jour du séisme, les blessés arrivaient à bord de taxis et de voitures privées. Deux victimes sont arrivées dans un autobus. Le personnel, et même des retraités, s’est porté volontaire pour travailler toute la nuit et les jours suivants, quand l’hôpital a reçu plus de 300 blessés. Seulement une victime est morte, a-t-elle dit.

«C’est lors de tels moments qu’on ressent l’esprit que nous avons au Mexique, la solidarité», affirme la docteure Medina.

D’autres ont aussi échappé miraculeusement à la mort. Le photojournaliste américain Wesley Bocxe et sa femme Elizabeth se sont précipités vers le toit de leur immeuble de 10 étages quand le séisme a frappé. Sa femme a été tuée quand tous les étages sous leurs pieds se sont écrasés les uns sur les autres, mais M. Boxce, d’une manière quelconque, a survécu au plongeon, même s’il a été grièvement blessé.

La presse locale cite une femme qui dit qu’elle et deux de ses proches se sont cachés dans la salle de bain de leur appartement, au dernier étage, et que la pièce — apparemment construite plus solidement que le reste de l’immeuble — a plongé d’un seul morceau pratiquement jusqu’au niveau de la rue. Ils ont ensuite pu sortir avec l’aide de voisins.

Le séisme a été un véritable cauchemar pour une famille de quatre personnes à Iztapalapa, en banlieue de Mexico. Le père et la mère sont sortis en courant de leur maison avec leur fille de neuf ans et leur fils de 13 ans, mais un mur de deux mètres est tombé sur les enfants. La fille a été grièvement blessée et le garçon a subi une fracture ouverte de la jambe.

Le père, qui a demandé à protéger l’anonymat de sa famille, a raconté avoir été paralysé par les événements, mais une gifle bien sentie de sa femme l’a ramené à la raison.

«Quand j’ai vu (ma fille) dans les décombres, les yeux vitreux, j’ai perdu tous mes moyens, raconte l’homme à l’hôpital Magdalena de las Salinas. Je l’ai ramassée (…) Je pensais qu’elle était morte. Sa mère m’a giflé parce que j’étais complètement parti. Je me suis tourné vers elle et elle m’a dit, ‘Il faut la sauver, elle est toujours vivante!’».

La mère a aidé le garçon, qui rampait, à atteindre la rue, puis elle s’est lancée dans la circulation pour intercepter une voiture.

«Je me suis tenue devant (la voiture) et j’ai tapé sur le capot. J’ai dit, ‘S’il-vous-plaît, je vous en supplie, aidez-nous à nous rendre jusqu’à l’hôpital’, s’est-elle souvenue. L’homme s’est arrêté, il a ouvert ses portes (…) Je ne sais pas comment nous sommes arrivés ici, mais je dois à cet homme la vie de mes enfants.»

Une fois à l’hôpital, des policiers qui ont vu la fille ont rapidement offert d’appeler un hélicoptère, qui a transporté les deux enfants vers Magdalena de las Salinas.

La fille est enveloppée dans des draps sur son lit d’hôpital, et son père lui tient la main. Elle a parlé à des psychologues et peut maintenant évoquer avec calme ces moments de terreur.

«Dans ma tête, je vois la terre qui s’ouvre. C’était une illusion, raconte-t-elle. Quand j’ai traversé cette peur, je ne pensais pas survivre.»

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