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Entrevue exclusive avec Laurent Lamothe, premier ministre d’Haïti

Laurent Lamothe Photo: Getty
Elisabeth Braw - Metro World News

Moins d’un an après avoir obtenu son poste, Laurent Lamothe a déjà fait ses preuves. Le jeune entrepreneur voyage dans le monde afin de promouvoir Haïti comme une occasion d’investissement, et non comme un pays ayant besoin d’aide. Et il reconstruit énergiquement les infrastructures de son pays. Lamothe, qui a fait une fortune dans les télécommunications en Afrique, a joint le gouvernement en tant que ministre des Affaires étrangères il y a moins de deux ans, avant de rapidement être promu au poste de premier ministre.

La veille du troisième anniversaire du tremblement de terre, Métro a rencontré le premier ministre, Laurent Lamothe, pour une entrevue exclusive.

Tremblement de terre, ouragan, choléra et pauvreté – quel est votre plan pour faire avancer Haïti?
Pour 2013, nous avons cinq priorités. L’une d’entre elles est d’exécuter le plan d’urgence de reconstruction, puisque nous avons récemment subi deux ouragans et une inondation majeure. Nous investissons 344 M$ pour rendre le pays plus résistant aux catastrophes naturelles, par exemple en construisant des abris et des foyers pour les enfants qui vivent dans la rue. Nous faisons aussi des efforts afin qu’il y ait une meilleure protection des routes et nous renforçons notre programme de reforestation pour faire d’Haïti un endroit plus sûr. Une autre priorité est la création d’emploi. Nous avons un très haut taux de chômage (75 %). Nous devons rendre les choses plus faciles pour les entrepreneurs qui ont des projets. Développer le réseau d’électricité est évidemment quelque chose qui nous préoccupe beaucoup. Quand nous avons été élus, les réserves d’énergie étaient de neuf heures par jour. Maintenant, elles sont de 18 heures, et nous nous rendrons à 24 heures dans moins de 6 mois. La sécurité est également un enjeu des plus importants.

Il y a trois ans, toutes les ONG imaginables étaient en Haïti. Maintenant, elles s’en vont. Est-ce une bonne chose?
Aussi longtemps que les ONG suivent le plan établi par le gouvernement, il est bon de les avoir au pays. Mais nous ne voulons pas être connus comme étant une nation d’aide humanitaire, où les ONG font tout ce qu’elles veulent. Notre objectif est que toutes les ONG travaillent ensemble avec les institutions haïtiennes afin de les rendre plus fortes et plus stables.

Alors, quand arrivera la prochaine catastrophe naturelle, les institutions d’Haïti devraient être capables de faire face aux urgences au lieu de se fier aux ONG. Nous souhaitons que les gouvernements étrangers investissent en Haïti par l’entremise de son gouvernement, car ce dernier a le mandat et les plans pour faire avancer le pays. Nous nous sommes engagés à être transparents et à lutter contre
la corruption.

Comment ferez-vous face en même temps au problème de chômage et au manque de sécurité?
Ces problèmes existent depuis des années, et personne ne voulait s’y attaquer. Nos institutions n’ont pas beaucoup de ressources, donc nous devons nous concentrer sur nos forces, comme le soleil et nos belles îles. Nous devons donc faire la promotion de notre pays, pas comme une nation qui a seulement besoin d’aide humanitaire, mais comme un pays qui veut des investissements directs. Et ce qui est vu comme une faiblesse peut être une occasion.

Par exemple, nous avons besoin d’une plus grande capacité énergétique. C’est une occasion pour les investisseurs. Nous avons besoin de routes, et nous sommes ouverts à l’idée d’offrir des concessions à des compagnies désireuses de construire des routes à péage. Nous voulons créer des entreprises pour générer plus d’argent dans le pays. Avec l’argent des taxes, nous pourrons améliorer la qualité de vie des plus vulnérables.

La plupart des jeunes Haïtiens ambitieux quittent le pays. Quelles mesures prendrez-vous pour les retenir?
C’est vrai. Quatre-vingt-cinq pour cent des cerveaux quittent Haïti, car il n’y a pas d’emploi pour eux. Ce n’est pas facile de reconstruire un pays, qui a été complètement détruit, tout en créant des emplois pour 75 % de la population qui ne travaille pas. Ce sont les occasions qui attirent les gens. Nous avons donc créé un programme incitatif qui prévoit des salaires similaires à ceux que ces gens gagnent ailleurs.

Vous avez quitté le secteur privé pour joindre le gouvernement. Qu’est-ce qui a motivé votre geste?
Lorsque vous travaillez pour le secteur privé, vous travaillez pour vous-même, tandis qu’en tant que premier ministre, je travaille pour chaque Haïtien – à l’intérieur et à l’extérieur du pays – et pour tous ceux qui aiment Haïti. Je voulais consacrer mon temps, ma personne, mon savoir, mon amour à un pays qui m’est cher. Je veux qu’Haïti s’en sorte. La température de rêve est notre plus gros atout. Nous avons de magnifiques côtes, de superbes îles, des montagnes. Plusieurs pays sont reconnus pour ce genre d’atouts, mais Haïti est trop focalisé sur ses problèmes internes pour savoir en profiter.

Est-ce qu’Haïti peut devenir une nouvelle destination vacances?
Oui. Nous misons beaucoup là-dessus. Cette année, nous avons investi près de 400 M$ dans des infrastructures touristiques. Nous sommes en train de créer une police touristique. (NDLR : des agents qui donnent de l’information aux touristes sur les lois, la culture, les coutumes du pays, etc.) Nous investissons aussi énormément dans l’Île à Vache, une des plus belles îles des Caraïbes. Nous sommes d’ailleurs en train de créer un aéroport international pour nos îles. Nous ferons de l’Île à Vache une nouvelle destination vacances avec de grands complexes hôteliers. Cela créera environ 4 000 emplois et permettra de voir Haïti sous un meilleur jour.

Laurent Lamothe

  • Âge. 40 ans
  • Expérience. Il a étudié aux États-Unis. Il a fondé et dirige toujours une compagnie de télécommunications dans des marchés émergents. Nommé ministre des Affaires étrangères en 2011, puis premier ministre en 2012.
  • Le saviez-vous? Il est joueur de tennis et il a déjà été membre de l’équipe haïtienne pour la coupe Davis.

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