Attention, faux bourdons dans le ciel
À la guerre comme à la guerre! Peut-être, mais l’ONU a décidé d’enquêter sur les «opérations chirurgicales» des drones. Ils tuent d’innocentes victimes.
Dans les montagnes de son Montana natal où il s’est retiré l’an dernier après avoir été pendant six ans un presse-bouton de ces avions sans pilote, Brandon Bryant a dû accueillir la nouvelle avec joie. Il n’a pas oublié le jour où, au fin fond du Nouveau-Mexique, lui et son équipe ont lancé un missile d’un drone (faux bourdon en anglais) survolant l’Afghanistan. Les talibans étaient visés. Le drone tua au passage un jeune garçon. «C’était un gamin?» demanda-t-il devant son écran. «Non, c’était un chien», lui répondit-on dans le poste de commandement. Bryant, 27 ans, quitta aussitôt l’armée. Il sera sans doute appelé à témoigner dans le cadre de l’enquête des Nations unies.
L’organisation déposera son rapport en octobre. D’ici là, il y aura d’autres morts de civils innocents dans la «guerre propre» conduite par les drones en Afghanistan, au Yémen, en Somalie et au Pakistan, notamment.
Dans ce dernier pays, quelque 200 enfants auraient perdu la vie lors de ces attaques depuis 2004. Dans sa «Guerre contre la terreur», Barack Obama a donné son feu vert à au moins 300 frappes de drones. «C’est un criminel de guerre!» a déjà dit Ralph Nader, le légendaire défenseur des consommateurs et de l’environnement.
Le rapport de l’ONU n’ira pas jusqu’à utiliser des mots aussi crus, mais Obama passera sans doute à l’histoire comme l’un des prix Nobel de la paix ayant eu le plus de morts innocents sur la conscience.
Le président américain ne dira jamais que leur décès est acceptable, car il permet de sauver d’autres innocents, surtout lorsqu’ils sont Américains. Il n’est pas aussi cynique, et ce principe de «légitime défense préventive» n’est pas clairement défini dans le droit international.
Pour de nombreuses organisations non gouvernementales, les assassinats ciblés de membres d’al-Qaïda et de talibans sont tout simplement des mises à mort sans procès. Ben Emmerson, le rapporteur spécial de l’ONU, mène depuis la semaine dernière l’enquête sur les attaques de drones. Son rapport se retrouvera sur une des nombreuses tablettes onusiennes.
Tant que les drones maintiennent les «boys» américains hors des zones dangereuses et tuent des «méchants» en faisant parfois des «dommages collatéraux», ces appareils de 13,5 m de long resteront l’arme favorite de Barack Obama. Plus de 80 % des Américains approuvent d’ailleurs sa «politique de drones». À la guerre comme à la guerre…