Les zigzags du printemps arabe
Quand la rue gronde, tout dictateur finit par poser la question de Louis XVI : «C’est une révolte?” Qu’avait répondu le duc de La Rochefoucauld au roi qui perdit la tête? «Non sire, c’est une révolution!»
Si 1789 fut «un splendide lever de soleil» (pour reprendre la métaphore du philosophe allemand Friedrich Hegel), qu’en est-il des «printemps» tunisien et égyptien?
Il y a deux ans, le départ de Zine el-Abidine Ben Ali et de Hosni Moubarak a suscité tous les espoirs à Tunis et au Caire.
Le mur de la peur s’est écroulé, la parole a été libérée, mais… C’est tout. Les deux «révolutions» sont tous les jours refoulées par les islamistes arrivés au pouvoir par les urnes. Pouvait-il en être autrement?
«Je ne connais pas d’islamisme modéré…», avait déclaré en décembre 2011 Jeannette Bougrab, la secrétaire d’État à la jeunesse (d’origine algérienne) de l’ex-président Nicolas Sarkozy.
Il l’est en tous cas avant de prendre le pouvoir. Rarement après. Longtemps emprisonnés et persécutés, les islamistes à Tunis et au Caire cherchent aujourd’hui à changer la société civile au nom de la charia (ensemble des lois de l’islam). Ils ne le disent pas ouvertement, mais, pour eux, seule la religion du prophète peut assurer bonheur et justice sociale après la double humiliation de la colonisation et de la dictature. Cultiver l’ambiguïté à des fins électorales semble être leur politique.
Ils sont de plus poussés à la surenchère religieuse par les salafistes. Ces islamistes ultrarigoristes, qui rejettent la sécularisation des sociétés arabes et le modernisme occidental, ont remporté 25 % des sièges aux législatives égyptiennes de 2011 et ont réclamé la tête de Chokri Belaïd, la figure de proue de l’opposition tunisienne, assassiné mercredi dernier.
Peut-on déjà parler de «fascisme islamique», comme a lancé samedi le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, étoile montante du Parti socialiste? Dans le ciel des «printemps arabes», les gros nuages noirs sont nombreux. En Tunisie et en Égypte, comme d’ailleurs dans tous les pays de la Méditerranée orientale, la religion reste le socle de la société.
L’Occident laïque doit en tenir compte dans ses nouveaux rapports avec le monde arabe. S’inquiéter de voir des dictatures religieuses remplacer des dictatures politiques est certes légitime, mais il n’est pas sûr qu’Égyptiens et Tunisiens aient choisi d’avoir des gouvernements aux mandats éternels.
Dans tous les cas, il faut faire attention aux conclusions hâtives. Les chemins des révolutions sont toujours longs, rarement en ligne droite, souvent en zigzag.