«Les auteurs d’attaques à l’acide seront jugés comme des terroristes»
Entrevue avec Begum Zakia Shahnawaz, conseillère principale du ministre en chef du Punjab – la plus importante politicienne de l’État pakistanais le plus populeux.
Que fait le Punjab pour protéger les femmes?
L’an dernier, nous avons proposé un projet de loi, qui devrait vraisemblablement être adopté. Il concerne, entre autres choses, la violence faite aux femmes. Cette loi dira clairement aux hommes que ce type de comportement barbare doit cesser.
Par ailleurs, nous fournirons des soins aux victimes d’attaques à l’acide, et les auteurs de ces agressions seront traduits devant un tribunal antiterroriste, où les cas sont traités avec célérité. Les attaques à l’acide seront considérées comme des actes terroristes. Le projet de loi prévoit aussi des modifications à la loi relative à l’héritage, un quota de femmes plus important dans le secteur public, des mesures législatives contre le harcèlement et des garderies de qualité. Enfin, chaque collège du Punjab devra disposer de deux autobus pour femmes.
C’est au Pakistan qu’une femme – Benazir Bhutto – a été élue pour la première fois à la tête d’un pays musulman. D’un autre côté, les attaques à l’acide y sont encore fort courantes. Sur le plan des droits des femmes, le Pakistan est-il en avance ou en retard?
En Amérique du Nord et en Europe, qui sont des régions plus avancées que la nôtre, des femmes sont agressées et battues. Notre problème est de ne pas avoir pu éduquer les masses; sans compter que ces agressions sont aussi attribuables à des frustrations de nature économique. Et ne perdez pas de vue que plusieurs femmes pakistanaises puissantes se font battre par leur mari. La différence est qu’une femme puissante peut s’en aller, alors qu’une femme pauvre ne le peut pas. Ceci étant dit, les hommes doivent se rappeler que, lorsqu’ils seront vieux, leur femme se vengera des abus qu’elle aura subis. Quand les enfants sont jeunes, ils ne sont pas en mesure de protéger leur mère; une fois adultes, ils le peuvent.
Pensez-vous que la situation des femmes s’améliorera?
Oui. Tout le monde ici répète que les politiciens sont corrompus, que l’armée est pourrie, que les ONG sont pourries, que la presse est pourrie. Mais tout le monde n’est pas pourri ou corrompu. Il y a des gens qui veulent vraiment aider les femmes.