L'Allemagne, «tête de Turc» de l'Europe
Disziplin. Pas besoin de traduire, dirait Volker Kauder. Le député du Bundestag (Parlement) a fait grincer bien des dents le 15 novembre quand il a lancé : «Aujourd’hui, tout d’un coup, l’Europe parle allemand!»
Avec l’accord de Bruxelles, conclu vendredi, pour renforcer la discipline budgétaire de l’euro, une partie du Vieux Continent marche désormais au pas allemand.
La musique jouée est celle de l’«ordolibéralisme», doctrine purement allemande misant notamment sur la «magie du marché» tout en étant encadrée par des règles gouvernementales strictes afin d’éviter les dérapages budgétaires.
Nul ne sait si cet ordre économique imposé par Angela Merkel, la femme la plus puissante du monde selon le magazine américain Forbes, tiendra. Dans tous les cas, les marchés ont applaudi à tout rompre. Ils réclamaient des réponses immédiates afin d’éviter le chaos financier mondial qu’entraînerait l’implosion de l’euro.
Mais que vont faire les 322 millions d’habitants des 17 pays ayant une monnaie commune? Jusqu’où devront-ils se serrer la ceinture pour respecter le nouveau pacte d’«union de stabilité budgétaire», dont les détails ne sont pas tous connus?
Pour l’heure, l’Allemagne, comme le souligne le quotidien Die Welt, est «devenue la tête de Turc de l’Europe».
Après sa longue valse-hésitation pour venir à la rescousse de la Grèce, le pays de «Mutti [mère] Merkel» est fustigé de toutes parts pour son «diktat» économico-financier.
L’Allemagne est en Europe ce que sont les États-Unis dans le monde. Quoi qu’elle fasse désormais, surtout en temps de crise, elle est cri-tiquée. La germanophobie n’est jamais très loin.
Si, pendant longtemps, elle a exercé sur ses partenaires européens une «hégémonie douce», avec l’accord de vendredi pour sauver l’euro, elle est carrément entrée en guerre contre l’Europe du laisser-faire fiscal, de la débauche dépensière.
Angela Merkel a beau répéter que son pays ne veut pas dominer l’Europe, rien n’y fait. Est-ce sa faute si son économie, avec une croissance annuelle de 3 % et un taux de chômage de 6 %, est beaucoup plus forte que celle de tous ses voisins? Pour Der Spiegel, «l’Allemagne a gagné la Seconde Guerre mondiale la semaine dernière».
L’hebdomadaire plaisantait, bien sûr.