Les banques attaquées aux États-Unis
Au moment où semble s’essouffler le mouvement des indignés contre les banques américaines, une autre fronde a le vent en poupe. Sans brandir de pancartes, défiler dans la rue ou camper sous une tente, Kristen Christian a, d’un simple clic sur son compte Facebook, fait mal au porte-monnaie de la plus grande institution bancaire des États-Unis.
«Je n’ai jamais pensé que le message que j’avais envoyé à 500 amis serait suivi par près d’un million de personnes. Ils ont retiré près de 5 G$ de leurs banques!», explique Christian, 27 ans, dans un échange de courriels.
Tout a commencé le 29 septembre, quand sa banque, la Bank of America, lui a annoncé qu’elle serait taxée de 5 $ mensuellement pour sa carte de débit dès l’an prochain. Elle aurait été «épargnée» si elle avait eu plus de 20 000 $ dans son compte. Outrée, cette propriétaire d’une galerie d’art à Los Angeles lance alors un appel à ses amis de Facebook: «Changez de banque!»
Afin de marquer le coup, une date a été choisie pour l’opération «Bank Transfer Day» (BTD) : ce sera le samedi 5 novembre. Ce jour-là, les comptes sont vidés à la vitesse de l’éclair et une bonne partie de l’argent retirée prend le chemin des coopératives d’épargne et de crédit. Depuis, les dépôts ont dépassé la totalité de ceux effectués dans les 7 000 coopératives bancaires des États-Unis, l’an dernier.
Même si la Bank of America a renoncé à sa tarifi-cation de 5 $, son boycottage et celui d’autres grandes banques se poursuit.
Le BTD se veut désormais un mouvement permanent de consommateurs citoyens voulant exprimer leur ras-le-bol contre les nombreux frais des grandes banques renflouées par Washington après leur débâcle financière de 2008. «Nous espérons que notre mouvement pendra de l’ampleur tout au long de 2012, proclamée par l’ONU année internationale des coopératives», note encore Kristen Christian.
À défaut de pouvoir changer le fonctionnement des grandes banques, BTD cherche à leur donner une «leçon» en se tournant vers les coopératives qui n’offrent certes pas tous les services souhaités, mais sont plus «éthiques». Le credo des années 1970 «small is beautiful», semble soudain redevenu à la mode auprès de certains épargnants.
Il en faudrait beaucoup plus cependant pour faire mal aux «grandes sœurs» : les Bank of America, JP Morgan, Wells Fargo et autres auraient des réserves d’au moins 8 000 G$. Inutile de chercher à calculer, c’est beaucoup d’argent…
Qu’importe, le mouvement est amorcé. S’attaquer aux banques semble être le mot d’ordre pour bon nombre d’Américains, de plus en plus indignés par une économie de marché carburant au profit tous azimuts.