Un peu de chinois pour les «printemps arabes»
S’il y a un idéogramme chinois pour caractériser les «printemps arabes», c’est bien «wei-ji». Les trois premières lettres signifient «crise», les deux dernières «opportunité». Dans toute crise il y a péril, mais aussi espoir. Peut-on en avoir pour l’Égypte, en pleine fièvre électorale?
Ces trois derniers jours, sur la mythique place Tahrir au Caire, ils étaient des milliers à réclamer une transition plus rapide vers un gouvernement civil.
Les élections législatives auront bien lieu lundi prochain, mais elles s’étaleront sur au moins quatre mois. Les Égyptiens, qui ont mis 18 jours à faire tomber le régime trentenaire d’Hosni Moubarak, sont impatients. On les comprend.
D’un côté, il y a les Frères musulmans, principale force politique, qui réclament plus de liberté religieuse en rappelant que «l’islam est la solution»; de l’autre, il y a toutes les formations laïques, progressistes et désorganisées pour qui «la démocratie est la solution». Entre les deux, il y a la puissante armée.
Elle a refusé de tirer sur les Égyptiens aux premiers jours de la révolution, mais pour elle, l’ordre, la stabilité et surtout la défense de ses intérêts passent avant la démocratie. Moubarak est tombé en février; 10 mois plus tard, son régime s’accroche.
Tapis dans l’ombre, il y a également les salafistes. Financés par l’Arabie saoudite, ils réclament un «retour au Coran». Ce n’est pas le peuple, mais Dieu qui doit diriger l’Égypte et ses 80 millions d’âmes.
Les femmes doivent porter le voile intégral et surtout ne pas s’exposer toutes nues comme l’a récemment fait Aliaa Magda el-Mahdy sur son blogue. Son geste a fait scandale. La jeune universitaire égyptienne de 20 ans voulait dénoncer les mœurs d’une société conservatrice.
Dans tous les cas, le «printemps égyptien» est en danger. Chacun trace un trait sur le sable et attend. Les militaires feront tout pour que la transition soit la plus longue possible et quand elle se terminera, ils s’arrangeront pour tirer les ficelles.
Les Frères musulmans eux, n’en peuvent plus d’attendre. Le pouvoir est enfin à portée des urnes, même si les salafistes gagnent du terrain dans les milieux populaires. Les formations laïques, elles, cherchent à ne pas se retrouver dans un cul-de-sac électoral à l’instar des partis progressistes tunisiens défaits lors des premières élections démocratiques et libres du mois dernier.
Au pays du Nil, si la révolution n’est pas un long fleuve tranquille, elle semble faire le lit des islamistes. «Wei-ji» est peut-être déjà dans leur lexique.