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Un «printemps iranien»?

Photo: Getty

La grande surprise viendra peut-être demain. Avec une victoire de l’Iran contre la Corée du Sud au cours des qualifications en vue de la Coupe du monde de soccer l’an prochain au Brésil.

Certes, l’arrivée au pouvoir à Téhéran du modéré Hassan Rohani déjoue tous les pronostics, mais le Guide suprême, Ali Khamenei, reste le maître du jeu politique.

Si les Iraniens devaient l’emporter contre les Sud-Coréens, tout le pays exploserait. De joie. Avec les débordements de foule qui marquent souvent les célébrations. De quoi inquiéter n’importe quelle autorité.

Lorsqu’en 1997, l’équipe iranienne s’assura d’une place pour le Mondial de 1998, son gouvernement l’invita à prendre tout son temps pour rentrer au pays. Le scénario risque de se répéter cette semaine.

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Contrairement aux qualifications pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, les joueurs ont brillé par leur discrétion politique. En 2009, plusieurs avaient arboré un bracelet vert, couleur du candidat réformateur Mir Hossein Moussavi, en résidence surveillée depuis deux ans, dont la défaite à la présidentielle avait été contestée par des manifestations réprimées dans le sang.

Une victoire contre la Corée, venant après celle de Rohani, mettrait un peu de baume au cœur des Iraniens accablés dans leur vie quotidienne par la mauvaise gouvernance du président sortant Mahmoud Ahmadinejad et les sanctions économiques occidentales pour protester contre le programme nucléaire de leur pays.

Mais si l’équipe iranienne obtient demain son billet pour le Mondial, il n’est pas sûr que la victoire de Rohani change la donne dans le paysage politique verrouillé à double tour.

Le mollah peut bien parler de réformes, l’ayatollah Khamenei reste le seul maître après Allah. Il juge d’ailleurs Rohani inoffensif. Il le connaît depuis une trentaine d’années. S’il devait montrer des signes d’insoumission, le nouveau président serait vite ramené à l’ordre comme l’ont été tous ses prédécesseurs depuis 24 ans.

Khamenei jouit de l’aura du miraculé (il a perdu l’usage d’une main dans un attentat en 1981). Plus important encore, les pasdarans («gardiens de la révolution ») ne jurent que par lui. L’appareil judiciaire est entre ses mains.

Même si, lors du match de demain en Corée du Sud, certains joueurs iraniens devaient porter du violet, la couleur choisie par Rohani lors de sa campagne, et participer ainsi à l’enthousiasme populaire du moment, le «printemps iranien» n’est pas pour demain. Mais, qui sait?

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