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Adieu vie privée, bonjour sécurité

Photo: Johannes Simon/Getty

Barack Obama a-t-il finalement écouté Benjamin Franklin pour qui «un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux»?

La figure de proue de la révolution américaine serait sans doute scandalisée par les programmes top secret de la NSA. Créée en 1952, l’agence de sécurité nationale a les yeux grands ouverts sur les données personnelles de tous les internautes de la planète. Ses grandes oreilles écoutent également toutes les conversations téléphoniques.

Tout cela est un secret de Polichinelle, surtout depuis qu’Edward Snowden, 29 ans, est sorti de l’ombre le 9 juin avec ses divulgations sur la surveillance numérique planétaire de la NSA qui l’employait depuis quatre ans au confortable salaire annuel de 200 000 $.

Vendredi, Barack Obama a voulu rassurer. Le citoyen ordinaire n’a rien à craindre, il y aura davantage de «transparence» sur «ce que font ou ne font pas» les agences de renseignement «pour prévenir les complots terroristes».

Peu importent les assurances du président, en vertu du Patriot Act (ensemble de lois sécuritaires adoptées peu après les attentats du 11 septembre), les pouvoirs de son gouvernement resteront sans limites, et il n’aura pas de comptes à rendre aux Américains.

L’important, c’est d’empêcher les terroristes de frapper (plus de 300 auraient été capturés grâce à la surveillance de la NSA), même si cela se fait au détriment de la vie privée des citoyens de la «plus grande démocratie au monde».

Pour dire les choses autrement, au «pays de la liberté», les États-Unis, au nom de la guerre contre le terrorisme, bafouent les valeurs qu’ils prétendent tant défendre. Certes, la tentation de la surveillance, du «Big Brother» n’est pas proprement américaine. Et, avec les médias sociaux, difficile d’être laissé en paix, à l’abri du regard d’autrui, comme le proclame l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Dans une société dite de transparence, où tout le monde (ou presque!) veut être vu et connu, chaque vie se veut un livre ouvert. La NSA a beau affirmer ne s’intéresser qu’à 1,6 % des données circulant dans le cyberespace, dont 0,025 % est «sélectionné pour un examen», elle n’a pas trop à creuser pour épier les faits et gestes des internautes, même si certains ont choisi DuckDuckGo, qui, contrairement à d’autres moteurs de recherche, refuse d’enregistrer la moindre donnée les concernant.

Dans tous les cas, entre la vie privée et la sécurité nationale, les États-Unis choisiront toujours la seconde option. N’en déplaise à Benjamin Franklin.

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