Gynocide en Inde
Dans les fracas de l’actualité internationale, l’Inde fait parler d’elle pour ses viols collectifs ou encore pour sa décision, la semaine dernière, de recriminaliser l’homosexualité. Peu médiatisée est la bombe à retardement aux pieds de «la plus grande démocratie du monde»: le manque de femmes…
Il y aurait au moins un «déficit» de 43 millions d’Indiennes, selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Ce déséquilibre démographique explique-t-il, en partie, le nombre croissant de viols dans ce pays de plus d’un milliard d’habitants?
«L’impact sur les viols est possible, mais non prouvé», avance prudemment Prabhat Jha de l’Hôpital St. Michael de Toronto, dans un échange de courriels.
Sans véritable réponse, la question se pose quand même au moment où les Indiens commémorent «le viol du 16 décembre». Il y a un an aujourd’hui, dans un autobus de New Delhi, un viol collectif des plus barbare entraînait la mort de Jyoti Singh Pandey, une étudiante en kinésithérapie de 23 ans.
Si dans le monde, la norme biologique est en moyenne de 105 naissances de garçons pour 100 filles, en Inde elle est chamboulée à cause surtout des avortements sélectifs.
Le fœticide est interdit et même passible de trois ans de prison. Mais, pour moins de 300 $, les médecins des 35 000 cliniques indiennes (il y en a autant de clandestines) révèlent, par des intermédiaires, le sexe du fœtus. Une «aubaine» dans un pays où une fille est un «poids» et coûte cher à cause de la dot. Chaque heure, une Indienne serait assassinée pour ne pas avoir respecté la coutume de verser sa dîme pourtant interdite depuis 1961. Dans l’Inde consumériste, la dot prend de l’ampleur et ce sont les Indiens les plus aisés et les plus éduqués qui élimineraient d’office les filles.
Ces 30 dernières années, plus de 12 millions d’Indiennes n’ont pu voir le jour à cause des avortements sélectifs, rappelle Prabhat Jha. Peut-on parler de génocide?
«Le mot est fort. Il faudrait plutôt parler de gynocide. Des millions d’Indiens vont se retrouver à l’âge adulte sans être entourés de femmes», note encore le chercheur qui a travaillé plus d’une dizaine d’années à la Banque mondiale.
L’Inde compte près de 103 hommes (97 au Canada) pour 100 femmes. À cause de cette masculinisation démographique, il n’est plus rare de voir des «fiancées» vendues ou partagées entre plusieurs hommes.
Ce trop-plein de mâles se retrouve dans la Chine voisine et ailleurs en Asie. Le continent le plus peuplé de la planète est aussi le plus masculin au monde.
Pour bon nombre de ses habitants, le fœticide des filles, contrairement à l’homosexualité, n’est pas considéré comme un crime. Ils vont le payer cher.