Sharon, le «bulldozer»
Qu’aurait vu Ariel Sharon s’il était sorti de son long coma avant de mourir? La reprise de la construction du mur de béton de 730 km passant par les colonies juives et les terres agricoles de Cisjordanie.
La longue «barrière de sécurité», comme l’appellent les Israéliens, lui tenait à cœur. C’est lui qui, le 14 avril 2002, avait ordonné sa construction, au coût de deux millions de dollars par kilomètre. Les Palestiniens l’ont surnommée «le mur de la honte, de l’apartheid».
Avant d’être victime d’un accident cérébral le 4 janvier 2006, l’ancien premier ministre israélien l’avait baptisée la «clôture antiterroriste» pour endiguer les attentats palestiniens qui avaient fait près d’un millier de victimes israéliennes.
Peu importe les qualificatifs, le fait est là : l’immense balafre, avec ses fossés, ses barbelés, ses mitrailleuses télécommandées et ses caméras de surveillance placées tous les 50 mètres, défigure tout sur son passage.
Paradoxe des paradoxes, au moins 25 000 Palestiniens ont jusqu’à présent été employés à sa construction, interrompue pendant cinq ans. Le mur, trois fois plus haut et deux fois plus large que le mur de Berlin (1961-1989), sépare non seulement plusieurs villages palestiniens, mais coupe ses agriculteurs de leurs champs d’oliviers. L’industrie de l’huile d’olive, c’est un peu le pétrole des Palestiniens. Elle représente près de 14 % de leurs revenus agricoles.
À cause du «mur de séparation», ainsi qualifié par la Cour internationale de justice (CIJ) qui en juillet 2004 a condamné son édification, ils doivent obtenir des laissez-passer que les Israéliens leur délivrent au compte-gouttes.
Au-delà de la question sécuritaire – tout État a le droit de se défendre –, la «clôture antiterroriste» risque de devenir un mur politique, la frontière entre Israël et un futur État palestinien qui a d’ailleurs perdu au moins 10 % de son territoire à cause du tracé du mur.
Les négociations israélo-palestiniennes font du surplace depuis qu’Ariel Sharon, avant de sombrer dans son sommeil de huit ans, a ordonné en 2005 le retrait de Tsahal (l’armée israélienne) et de 7 000 colons juifs de Gaza.
La reprise des pourparlers de «paix» avec le secrétaire d’État américain, John Kerry, se fait au moment où le gouvernement de Benyamin Netanyahou envisage de construire une «clôture» à la frontière avec la Jordanie.
L’érection commencerait cette année, une fois complétée la «barrière» de 200 km à la frontière égyptienne.
On le voit, Israël est en train de s’emmurer. L’État juif devient une forteresse. Tout a commencé avec Ariel Sharon. Adulé ou méprisé, il a eu autant de surnoms que la «barrière de sécurité» de qualificatifs.
«Lion du désert», «Arik», a été aussi appelé «roi d’Israël».
Pour les Palestiniens, il restera à jamais le «bulldozer».