Quand l’Amérique donne des leçons de démocratie
Dans ma dernière chronique, je parle de la fois où Mohamed Ali a été persécuté à cause de son islam. Certains lecteurs m’ont demandé plus de détails et surtout de prendre position.
Aux États-Unis, pour obtenir le statut d’objecteur de conscience et éviter la conscription, il faut satisfaire trois conditions obligatoires:
- il faut être consciencieusement opposé à la guerre sous toutes ses formes;
- cette opposition doit reposer sur une pratique et une croyance religieuse
- et il faut prouver la sincérité de cette objection.
En première instance, Mohamed Ali a refusé son incorporation par conviction religieuse. Il a affirmé ne rien reprocher aux Vietcongs, car aucun Vietcong ne l’a jamais traité de nègre. Par contre, en invoquant sa religion, Ali a admis être prêt à participer aux guerres qui auraient pour but de défendre les musulmans.
Dans un premier temps, la Cour n’a pas admis le caractère sélectif de l’objection d’Ali, dans le sens où il ne suffit pas que l’objecteur prouve sa conscience religieuse, il faut qu’il prouve son objection à participer à la guerre sous toutes ses formes. Dans la mesure où Monsieur Ali serait prêt à participer à une guerre sainte, il n’a pas été considéré aux yeux de la Cour comme un véritable objecteur de conscience.
Lors d’un premier vote secret, la Cour suprême a maintenu une sentence d’emprisonnement pour Mohamed Ali, un homme qui serait prêt à se battre dans une guerre sainte, mais qui refuserait de prendre les armes contre un autre être humain.
Comme je le mentionne dans ma chronique, grâce à un jeune clerc, le cours de l’histoire a changé et la Cour suprême a annulé la sentence de Mohamed Ali par une unanimité historique de 8 à zéro.
Morale de l’histoire, Mohamed Ali a refusé de combattre au Vietnam pour des motifs religieux. Il a failli tout perdre et l’Amérique n’aurait pas donné sa chance à l’éclosion d’une légende.
Ali n’est jamais revenu sur ses convictions et sa ténacité a fini par payer. La Cour suprême, un espace où il n’y a que la loi, la raison et la règle du précédent qui vaillent, lui a donné raison, grâce notamment, à l’acharnement d’un jeune clerc fervent défenseur des libertés fondamentales. Et j’admire cette Amérique là, par-dessus tout!