Un affront qui sera vite oublié
Je n’ai pas l’habitude de commenter les débats linguistiques, mais je ne peux rester indifférent au geste qui a été posé par la direction des Canadiens de Montréal. Que cette décision ait été prise par des gens qui connaissent bien la culture québécoise la rend encore plus inacceptable, à mes yeux.
Comme un grand nombre d’amateurs de hockey, je m’attendais à ce que Jacques Martin finisse par payer le prix des insuccès de l’équipe qu’il dirigeait. C’est la loi du milieu : quand les joueurs ne remportent plus de victoires, on remplace leur instructeur.
Dans l’avion qui me ramenait d’Orlando, samedi dernier, l’annonce de la nomination de Randy Cunneyworth à titre d’entraîneur-chef des Canadiens s’est répandue comme une traînée de poudre. C’était «la nouvelle» du jour et tous les passagers avaient hâte d’en apprendre plus, à leur arrivée. Personne ne se doutait, à ce moment-là, que ce changement allait soulever un tel débat au sein de la population.
Ce n’est pas la nomination d’un anglophone qui irrite les partisans de l’équipe. Les Québécois aiment assez le hockey pour accepter que «leur» équipe soit dirigée par une personne qui ne maîtrise pas parfaitement le français. On ne demande pas à l’entraîneur-chef des Canadiens d’écrire des romans dans la langue de Molière, mais il devrait au moins être en mesure de comprendre les questions qu’on lui adresse en français et de bafouiller une réponse déchiffrable dans cette langue. C’est un strict minimum, il me semble.
De toute évidence, personne, dans la haute direction du club, ne s’est préoccupé de la réaction du public. J’ai eu la nette impression que l’opinion de la majorité francophone n’avait plus aucune importance, pourvu que les billets (et la bière) continuent de se vendre. Et le pire, c’est qu’ils ont probablement raison : si les Canadiens connaissent à nouveau des succès, dans leurs matchs, leurs partisans francophones oublieront vite l’affront qu’on leur a fait, samedi dernier.
Les Québécois adorent le hockey, mais ce n’est pas seulement par esprit sportif; c’est surtout par la fierté qui les anime en se remémorant les succès de tous les grands athlètes francophones qui ont pratiqué ce sport. Il y a un peu du sang des Richard, des Geoffrion, des Béliveau, des Savard (et des dizaines d’autres) qui coule dans les veines des amateurs de hockey du Québec. Il ne faudrait peut-être pas l’oublier.