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Venezuela: le chavismo entre deux eaux

A pro-government supporter wears a T-Shirt with image of Venezuela's late President Hugo Chavez, as he waits for results during congressional elections in Caracas, Venezuela, Sunday, Dec. 6, 2015. Some members of the opposition are angry after elections officials ordered polling centers to stay open for an extra hour, even if no one was standing in line to vote. Government opponents mobbed some voting stations demanding that the National Guard stick to the original schedule of closing at 6 p.m. (AP Photo/Alejandro Cegarra) Photo: The Associated Press

L’opposition vénézuélienne jubile : après avoir joué pendant 17 ans un rôle de figurant à l’Assemblée nationale, voilà qu’elle a repris les rênes de la législature des mains des défenseurs du chavismo. Métro a analysé avec deux expertes les conséquences qu’aura cette gifle électorale pour les héritiers d’Hugo Chavez.

Cuisant revers
Le retour au pouvoir de l’opposition s’est fait par la grande porte, dimanche soir. Remportant au moins 99 des 165 sièges de l’Assemblée nationale, la coalition nommée Table de l’unité démocratique a infligé une défaite cinglante au président vénézuélien, Nicolas Maduro, et à son parti.

«Certains éléments du parti socialiste voulaient s’accrocher au pouvoir, explique à Métro Graciela Ducatenzeiler, professeur au département de sciences politiques de l’Université de Montréal et spécialiste de l’Amérique latine. Mais l’armée – dont était issu le comandante Chavez – a très rapidement concédé la défaite. Ça signifie que l’armée, ou du moins une partie de l’armée, a lâché Maduro.»

La suite
Le déroulement pacifique du scrutin et la concession sans violence de la victoire par le parti au pouvoir suggèrent qu’un débat serein puisse avoir lieu à l’Assemblée, selon Jennifer McCoy, directrice de l’institut d’études internationales de l’université d’État de Géorgie, aux États-Unis.

«Cela ouvre la porte à des négociations entre le gouvernement, le secteur privé et l’opposition. Mais je m’attends à ce qu’un référendum soit demandé au sujet de la destitution du président Maduro aussi tôt qu’en 2016, alors qu’il sera à mi-chemin de son mandat, qui doit s’achever en 2019.»

Pour Mme Ducatenzeiler, le retour d’une opposition qui «croit au marché» devrait assainir les relations avec les États-Unis. «Il y aura un rapprochement, c’est certain.»

«Avec la baisse du prix du pétrole et les crises internes qui ébranlent le Venezuela, le pays n’a plus la même influence qu’avant sur le continent.» –Jennifer McCoy, directrice de l’institut d’études internationales de l’université d’État de Géorgie

La fin de Maduro
La défaite de dimanche a scellé le sort politique du président Maduro, selon Mme Ducatenzeiler. «Le chavisme peut survivre à cette défaite, mais pas Maduro. Son cercle rapproché l’accuse déjà d’avoir mal utilisé l’héritage de Chavez. Le parti risque maintenant de se retourner contre son chef, tout en affirmant effectuer un retour à une version “pure” du socialisme d’Hugo Chavez.»

Depuis sa prise de pouvoir en 2013, M. Maduro avait lutté – souvent en vain – pour réformer l’économie à bout de souffle du pays, composant avec un baril de pétrole dont le prix était en chute libre, alors que les immenses ressources pétrolières du Venezuela constituent près de 100% de ses exportations.

«Une victoire pareille de l’opposition n’aurait pas été possible sans la crise économique – une des plus graves au monde, croit Mme Ducatenzeiler. Le populisme marche bien lorsqu’il y a de l’argent, c’est bien connu. Je crois que le retour du centre-droit en Argentine et la victoire de l’opposition au Venezuela signent la fin de la «nouvelle gauche» latino-américaine et l’émergence d’une gauche dite «constitutionnelle, comme au Chili de Michelle Bachelet.»

Retour de la droite
La victoire de l’opposition lui permettra d’ébranler le contrôle qu’exerçait le parti au pouvoir sur les institutions de l’État, pense Jennifer McCoy. «Le mouvement bolivarien fondé par Hugo Chavez contrôlait tout depuis 2004, de la législature jusqu’à la Cour suprême en passant par les médias, le conseil électoral et l’économie, affirme-t-elle à Métro. Maintenant que l’opposition a une majorité absolue, elle pourra notamment adopter des réformes économiques, voter la libération de prisonniers politiques, changer les membres de la Cour suprême et du conseil électoral. Elle pourra même modifier la Constitution.»

Pour Mme Ducatenzeiler, la lune de miel de l’opposition avec l’électorat sera toutefois de courte durée.«L’opposition peut se faire un capital politique rapidement, explique-t-elle. Mais à long terme, les réformes économiques qu’elle devra adopter pour relancer le pays risquent d’être très impopulaires. Les élus devront notamment hausser le prix du pétrole, qui est pratiquement gratuit à l’heure actuelle en raison des subventions consenties par les socialistes.»

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