La Turquie entre deux feux
Les attentats se succèdent en Turquie, tantôt commis par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), tantôt par le groupe djihadiste État islamique. Métro a parlé avec deux experts pour mieux comprendre la situation.
«La Turquie est très vulnérable»
«[Le président Recep Tayyip] Erdogan a utilisé de faux prétextes pour déclencher une guerre contre le PKK en espérant gagner ses élections, selon Ivan Eland, directeur de Centre Paix & Liberté au Independent Institute. Il doit donc désormais composer avec une nouvelle insurrection kurde. Et puisque Erdogan veut chasser Bachar el-Assad du pouvoir en Syrie, il a laissé son pays devenir la porte d’entrée pour tous les combattants d’EI qui luttent contre le régime syrien. La Turquie est donc très vulnérable.»
Selon M. Eland, la déstabilisation du pays peut ultimement aider le président Erdogan dans ses visées autocratiques. «Ça l’aidera peut-être à obtenir les changements constitutionnels qu’il demande afin d’accroître ses pouvoirs.»
«La menace sécuritaire a toujours aidé les hommes autoritaires à consolider leur pouvoir.» –Ivan Eland, directeur du Centre Paix & Liberté au Independent Institute, situé à Oakland, aux États-Unis
«La Turquie est moins à risque»
«Il est important de ne pas exagérer la menace terroriste en Turquie ou ailleurs, en Europe et dans le monde occidental en général, affirme Jonathan Leader Maynard, politologue et chercheur en conflit armé à l’université d’Oxford. Plus de 80 % des victimes du terrorisme proviennent de cinq pays : l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, le Pakistan et le Nigeria. La Turquie est considérablement moins à risque de subir le terrorisme à grande échelle que ces pays.»
M. Maynard croit cependant que la Turquie peut faire plus pour assurer la sécurité de ses citoyens, notamment en renouant le dialogue de paix avec sa minorité kurde. «Les attentats seraient moins nombreux si la Turquie relançait les négociations de paix avec les groupes politiques turcs opposés au gouvernement.»
«Le terrorisme est un meurtre motivé politiquement. Comme le crime, il est impossible à éradiquer.» –Jonathan Leader Maynard, chercheur à l’université d’Oxford