Maïtée Labrecque-Saganash
12:26 16 octobre 2020 | mise à jour le: 16 octobre 2020 à 12:26 temps de lecture: 3 minutes

Joyce Echaquan: la mauvaise foi du gouvernement

Joyce Echaquan: la mauvaise foi du gouvernement

J’ai vu une femme mourir sur Facebook. Joyce Echaquan était de Manawan, elle avait un mari et 7 enfants. Les infirmières qui étaient censées s’occuper d’elle l’ont regardée mourir, en lui adressant des commentaires racistes. Joyce s’est filmée, alors qu’elle sentait probablement son corps lâcher. Malheureusement, je ne suis pas surprise qu’elle ait eu le réflexe de sortir son téléphone. Les Autochtones savent qu’ils ont de fortes chances de vivre du racisme, lorsqu’ils reçoivent des soins médicaux dans les centres urbains.

Je vous avouerais que je suis sidérée par le refus catégorique de François Legault de reconnaître – ou de comprendre – le racisme systémique. Par définition, «le racisme systémique est une forme de racisme qui est ancrée comme pratique normale au sein d’une société ou d’une organisation. Il peut conduire à des problèmes tels que la discrimination dans la justice pénale, l’emploi, le logement, les soins de santé, le pouvoir politique et l’éducation, entre autres».

Ainsi, le racisme systémique ne signifie pas que tout le monde est raciste tout le temps. Pour nous, les Autochtones, il prend de nombreuses formes: violence obstétricales, refus des professionnels de la santé de nous donner certains médicaments sous prétexte que nous pourrions être des toxicomanes, assumer que nous sommes en état d’ébriété si on se présente à l’hôpital avec des maux de ventre ou des vomissements, recevoir un service médiocre à cause de nos origines, coercition, des professionnels de la santé ne faisant aucun effort pour comprendre nos besoins s’il y a une barrière linguistique, etc.

Par conséquent, le racisme systémique ne signifie pas que tout le monde est raciste, mais plutôt que le système permet à ces patterns de perdurer et d’être parfois mortels, comme dans le cas de Joyce.

Visiblement, les gens ont du mal à comprendre la portion «systémique», car il y a une très grande méconnaissance de la Loi sur les Indiens et des traités. Si tu connais la Loi sur les Indiens, tu sais donc que le racisme est inscrit dans la loi, dans la mesures où le gouvernement fédéral décide de notre identité, nos systèmes de gouvernance et l’occupation de nos territoires traditionnels.

Cette loi-là, des gens l’ont mise en œuvre et l’opèrent, même au Québec. Cette loi-là, un héritage de la doctrine de la découverte, continue d’affecter les interactions entre allochtones et Autochtones, que ce soit de manière consciente ou non. On l’a même entendu de la bouche d’une des deux infirmières: «On paie pour ça, nous.» Un commentaire violent qui trahis le manque d’éducation sur les questions autochtones.

Une femme est morte en direct sur Facebook. La moindre des choses serait de reconnaître qu’il y a un problème qui ne relève pas d’un simple cas isolé. Pour que les infirmières concernées aient été aussi à l’aise de faire ce genre de commentaires, c’est qu’elles sentaient qu’elles pouvaient le faire sans conséquences. Ne pas reconnaître le racisme systémique, je pense que c’est aussi un move politique pour ne pas mettre en œuvre les recommandations de la Commission Viens. Le gouvernement Legault a visiblement d’autres priorités.

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