Parlons cash

La folle organisation de l’épicerie, face à la hausse des prix

Alors que la hausse des prix a atteint un nouveau record en 2022, quatre ménages montréalais racontent comment ils s’organisent pour faire l’épicerie la plus économique possible, tout en essayant de conserver une alimentation équilibrée.

La course aux circulaires, l’épicier du coin ou les invendus de la semaine: à chacun sa stratégie pour remplir le frigo, alors que l’inflation bat son plein.

Plusieurs bouches à nourrir

Une boîte de thé à la menthe à 2,79$, «alors qu’il n’était encore qu’à 2,20$ il y a moins d’un mois.» «Ça, je n’en ai pas vraiment besoin, ça va attendre» explique Julie Campeau, qui constate avec désarroi la hausse des prix à l’épicerie depuis des semaines, et renonce à acheter certains produits. Le brocoli à 2,49$ ? «Trop cher aussi, normalement je le trouve à deux dollars, ou je le prends surgelé» explique la maman.

Avec huit personnes sous le même toit, l’organisation de cette famille de LaSalle est d’une précision millimétrée digne d’un orchestre. Julie et son conjoint sont à la tête d’une famille de six enfants, âgés de 14 mois à 17 ans. Pendant que papa, chauffeur d’autobus pour la STM, cumule les heures pour subvenir aux besoins, maman, qui vient de commencer une formation d’aide à domicile, jongle entre garderie, tâches ménagères et épiceries. Beaucoup d’épiceries.

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Épicerie inflation Julie Campeau
Julie Campeau et ses 6 enfants dans leur cuisine à LaSalle.

Liste à la main, Julie observe, dans les rayons de l’épicerie, le prix de chaque aliment. Elle compare le poids, à l’unité ou par boîte, et se méfie des «fausses promotions». La maman se transforme en chasseuse de spéciaux, et vérifie sur son cellulaire le prix du même produit dans un autre magasin. «Si je le trouve moins cher ailleurs, je ne paye que le moins cher des deux», explique Julie, qui ne manque pas de prouver cette bonne affaire sur son cellulaire à la caissière, à qui elle tend aussi une carte fidélité où s’accumulent de précieux points.

À Ville-Émard, Monica élève son bébé de 15 mois et héberge sa mère, qui n’a pas de prestation de retraite. La jeune femme de 33 ans, d’origine mexicaine, n’a pas repris son poste de service à la clientèle dans une boulangerie de Verdun pour pouvoir s’occuper de sa fille, victime de graves problèmes de peau depuis sa naissance. Si certains traitements médicaux sont payés par le gouvernement, d’autres non, et la maman vit avec une aide sociale de 800 $ par mois, à laquelle s’ajoute une aide parentale mensuelle de 500 $.

«Pour les plus grosses choses, comme le lait et les couches, je me fais livrer chez IGA ou Provigo», indique Monica, qui n’a pas d’auto. Pour les denrées alimentaires, elle se rend au petit marché indien sur la rue Monk, et bénéficie aussi des dons de paniers d’organismes communautaires. Monica, qui peut aussi compter sur l’accompagnement de l’organisme d’aide aux femmes Chez Doris, près du métro Atwater, espère reprendre ses études pour finir son secondaire et pouvoir prétendre à un meilleur emploi, quand elle pourra faire garder sa fille.

Qualité et santé

À 26 ans, Véronique Dufour, qui réside à Saint-Henri dans le Sud-Ouest, vit en colocation et se dit «hyper endettée».

Le 17 février, elle avait déjà emprunté 1000 $ de sa marge mensuelle de crédit. «Je tape pas mal dans ma carte de crédit, et je paye de gros frais», mentionne la jeune femme, qui effectue actuellement un stage rémunéré à 16,50 $ de l’heure. Véronique avait l’habitude de travailler dans des bars et des restaurants, mais la COVID-19 en a décidé autrement, et sa situation financière lui impose aujourd’hui une organisation stricte pour son épicerie.

La végétarienne, qui n’a pas d’auto, se rend à la fois au petit marché alimentaire subventionné de Côte-des-Neiges, proche de l’Université de Montréal, et au grand marché Sami fruits à LaSalle, grâce auquel elle ressort «avec un panier de fruits et légumes rempli, pour seulement 30 dollars», précise-t-elle. Véronique utilise aussi le service de paniers Second Life, pour se procurer, à 20 minutes de chez elle, des invendus revendus moins cher qu’en épicerie. «Un panier à 18 $ me dure 4-5 jours», indique la jeune femme, qui reconnaît aussi avoir pigé «une couple de fois dans le frigo communautaire de Saint-Henri pour prendre du pain». «Le lait, les œufs et le beurre, je vais les chercher au dépanneur. C’est le plus près de chez moi, mais c’est vraiment plus cher», confie Véronique.

Véronique Dufour récupère son panier de nourriture Second Life. Crédits: Gracieuseté

«L’inflation, c’est flagrant», clame Michèle, 74 ans, qui vit avec son conjoint de 83 ans dans un condo de la Petite-Bourgogne. Le couple de retraités, confronté à des restrictions de santé, ne peut plus manger de tout et fait le choix d’acheter des produits bio aux marchés Jean-Talon et Atwater. «D’habitude, chez notre fournisseur de fruits et légumes, on en avait pour 60 $ chaque semaine. Maintenant c’est plutôt 80 ou 85 $», constate Michèle, qui se rend au Super C pour les produits de première nécessité.

«J’ai de la chance, je ne fais pas des calculs d’apothicaire. Mais de plus en plus, quand je vois la facture finale, je réalise que ça a encore augmenté par rapport à la semaine dernière», conclut Michèle, qui «ne peut pas se permettre d’aller au restaurant chaque semaine» et préfère désormais cuisiner à la maison.

La série «Bouffe tes économies» se penche sur les impacts de la hausse du prix du panier d’épicerie sur le budget des familles montréalaises. Au menu : perspectives, témoignages et astuces. À lire dans la section Parlons cash.

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