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Cinq réflexions sur Apple Arcade

Cinq réflexions sur Apple Arcade

Apple a dévoilé plutôt cette semaine Apple Arcade, un nouveau service d’accès illimité à des jeux sur iOS, Apple TV et macOS. Un concept qui pourrait s’avérer intéressant pour les développeurs indépendants qui peinent de plus en plus à vendre leurs jeux de qualité.

Pour ceux qui ont raté l’annonce, Apple Arcade offrira une centaine de jeux au lancement prévu cet automne. Ces logiciels seront accessibles d’une façon illimitée pour les abonnés, tant sur iOS que sur Apple TV et macOS.

Le service n’est pas qu’un nouveau modèle d’affaires pour tenter de rentabiliser d’une nouvelle façon les utilisateurs de l’entreprise. Il s’agit aussi d’un moyen pour soutenir les développeurs indépendants, qui recevront de l’aide financière d’Apple pour mener leurs projets à terme. Notons qu’on ignore toutefois les détails de ces ententes, comme le montant de l’aide et si celle-ci doit être remboursée à partir des revenus avant que les studios puissent commencer à recevoir des profits, par exemple.

Apple dit que les jeux seront choisis pour leur innovation et leur originalité. Et si le nombre de titres offerts devrait croitre avec le temps, celui-ci ne grandira pas éternellement, et on peut s’attendre à ce que des jeux sortent de l’Arcade après un certain temps.

On ignore toujours combien l’abonnement sera offert, mais on sait que celui-ci pourra être partagé avec les membres de sa famille.

Voici mes réflexions sur ce nouveau service.

Apple Arcade existe parce que les propriétaires de téléphones intelligents n’accordent (malheureusement) pas assez de valeur aux jeux mobiles

En 2019, payer pour un jeu est tout simplement une barrière trop grande à surmonter pour la très grande majorité des gens, et ce, même si les jeux payants jouissent d’une bonne visibilité dans l’App Store.

Le problème est le même depuis l’arrivée des boutiques d’applications mobiles il y a dix ans : les propriétaires de téléphones n’ont aucun problème à s’acheter un café à 5$ en allant travailler, mais l’achat d’un jeu à 3,99$ nécessite une longue réflexion et l’assurance que le titre sera intéressant et durera plusieurs heures.

Une bonne partie de ces consommateurs n’ont toutefois aucun problème à télécharger un jeu gratuit et à ensuite payer des achats intégrés pour par exemple accélérer le rythme ou obtenir des indices.

Dans les 250 jeux les plus rentables sur l’App Store en ce moment, seul deux jeux sont d’ailleurs des titres payants. Les autres sont tous des jeux gratuits avec achats intégrés.

Le financement d’Apple est la plus grande nouveauté

Si Apple s’était contenté d’offrir un « Netflix du jeu vidéo », en rassemblant tous ses titres payants en un seul service, la nouvelle aurait été d’un intérêt limité. Pour moi, le plus intéressant ici est plutôt le volet financement, qui a été conçu pour permettre aux développeurs de créer des jeux qui n’auraient pas pu voir le jour autrement. Des jeux avec une plus grande valeur artistique, par exemple, ou des jeux dont la trop grande envergure aurait représenté un risque trop important pour les studios.

Je n’ai pas besoin d’un service par abonnement supplémentaire pour jouer, mais je ne dirai certainement pas non à de meilleurs jeux, ce qui est un des objectifs visés ici.

Apple Arcade ne marquera pas la fin des achats intégrés

Plusieurs médias ont présenté Apple Arcade comme une façon de mettre fin aux achats intégrés. Ce n’est pas exactement vrai. L’App Store tel qu’on le connaît continuera d’exister. Il y aura donc encore des jeux payants traditionnels et encore des jeux avec achats intégrés. Considérant la popularité de ces derniers, il serait étonnant que l’industrie les abandonne, surtout que l’importance relative de ces derniers est encore plus grande sur Android.

Apple devra assouplir certaines règles

Apple a établi des règles strictes pour déterminer quels jeux seront offerts. Des règles probablement trop strictes, qui risquent de limiter le genre de jeux qui pourront être proposés par les développeurs.

Les jeux de l’Arcade devront par exemple tous être offerts en mode hors ligne. Un mode multijoueur n’est pas interdit, mais le titre devra tout de même avoir un mode solo, pour être joué sans accès Internet.

La volonté d’Apple d’empêcher les jeux qui nécessitent inutilement une connexion Internet est louable, mais un bon jeu multijoueur original devrait aussi pouvoir avoir sa chance.

Autre problème, Apple force les développeurs à offrir leurs jeux sur iOS, sur l’Apple TV et sur macOS. Malheureusement, ces trois plateformes ont des interfaces et des capacités très différentes. Cela veut dire qu’un jeu en réalité augmentée ou qui nécessite absolument une interface tactile ne pourra être offert sur l’Arcade, par exemple.

L’obligation risque aussi de demander beaucoup d’efforts de la part des développeurs, pour relativement peu de résultats (surtout dans le cas de l’Apple TV, qui peine à percer comme plateforme de jeu).

Mesurer la popularité des jeux (et leur valeur) représentera un défi de taille

Apple n’a pas encore dévoilé comment les profits de l’Arcade seront répartis entre les studios participants au programme. Cette répartition pourrait toutefois être difficile.

Un jeu court et plus artistique sera par exemple forcément moins téléchargé et joué moins longtemps qu’un titre plus important, créé par un studio connu. Un des buts de l’arcade est pourtant de permettre à ces petits jeux d’exister.

Une répartition égale serait quant à elle injuste pour les plus gros titres, et pousserait probablement les développeurs à proposer des concepts plus petits, ce qui n’est pas non plus le but recherché.

À moins que l’arcade ne permette que de financer les jeux, et qu’il n’y ait pas de partage de profits par la suite (un jeu pourrait par exemple « sortir » de l’Arcade et être offert sur d’autres plateformes d’une façon payante après un certain temps, ce qui permettrait alors au développeur d’amasser ses profits ailleurs, et non seulement de faire financer son jeu). Cette option serait toutefois étonnante, puisqu’elle encouragerait les partenaires d’Apple à aller voir ailleurs.

Peu importe la méthode de partage des revenus choisie par Apple, trouver un équilibre juste, équitable et payant pour tous les studios sera difficile.