Société

LGBTQ2+: la discrimination en logement toujours bien présente

Photo: iStock

La discrimination lors de la recherche d’un logement est un phénomène vécu par de nombreuses minorités, et les personnes LGBTQ2+ n’en sont pas épargnées. Certaines personnes vont ainsi dissimuler leur identité de genre et leur orientation sexuelle, alors que d’autres préféreront l’assumer… au risque de se voir refuser un logement.

C’est ce qu’ont vécu Arthure Gélinas et son partenaire Lou Gareau-Mignault. Ce couple de personnes non binaires a dû effectuer près d’une quinzaine de visites d’appartements avant d’être accepté par un propriétaire. Et ce, malgré leurs bonnes cotes de crédit.

Arthure Gélinas et Lou Gareau-Mignault. Gracieuseté – Arthure Gélinas

Une discrimination aux multiples visages

Arthure et Lou ont été plusieurs fois victimes de discrimination par des propriétaires. À plusieurs reprises, on a insisté auprès du couple sur le fait que l’appartement n’avait qu’une seule chambre. Lors de certaines visites, les propriétaires les informaient qu’iels recevraient un formulaire d’enquête de crédit, mais iels n’ont jamais vu la couleur de ce formulaire.

Quand on va visiter des appartements et qu’on voit qu’on est les seules personnes queers [et que les autres], c’étaient des couples hétéros… bah, c’est décourageant à la base, car on sait qu’on ne sera pas choisi.

Arthure Gélinas, personne non binaire

Même une fois le couple potentiellement «accepté», la discrimination avait lieu lors de l’enquête de crédit. Lou est une personne trans non binaire et son nom légal n’est pas encore changé à cause de délais, dus à la COVID-19, au Directeur de l’état civil.

Le couple se voyait par la suite refuser le logement au moment d’expliquer au propriétaire que le nom sur le formulaire d’enquête de crédit ne correspondrait pas au nom de Lou.

Désormais, le couple vit dans un appartement situé dans le Centre-Sud. C’est une amie de leurs ami.e.s qui a pu leur en faciliter l’accès en les décrivant comme de «bons locataires» auprès de son propriétaire, qui avait ce logement à louer.

Dissimuler son identité de genre et son orientation sexuelle

À aucun moment, les membres du couple n’ont souhaité dissimuler leur identité, car cela allait «contre leurs valeurs». Mais la question s’est quand même posée à plusieurs reprises. Face au risque de se voir refuser un logement, de nombreuses personnes LGBTQ2+ utilisent des stratagèmes pour dissimuler leur identité de genre et leur orientation sexuelle aux propriétaires.

«J’ai déjà entendu des ami.e.s qui m’ont dit qu’ils ont fait semblant d’être colocs pour se trouver un logement. […] Ou sinon, si c’est des personnes trans, elles devaient plus s’habiller comme leur genre attitré à la naissance pour passer», explique Arthure.

De nombreuses personnes utilisent aussi des groupes Facebook destinés à la communauté pour trouver du logement, par exemple le groupe Chez Queer Montréal. «Les personnes LGBTQ2+ se sont toujours appuyées sur une solidarité intracommunautaire et notamment pour le logement», explique le chargé de projet à la Fondation Émergence Julien Rougerie.

Une discrimination difficile à prouver

Le premier recours est de porter plainte auprès de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Mais il reste difficile de prouver qu’une telle discrimination a eu lieu.

Pour le porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), Martin Blanchard, les lois en vigueur sont difficilement applicables sur le terrain. De plus, les poursuites judiciaires peuvent prendre plusieurs années avant d’aboutir.

La précarité financière à laquelle peuvent être plus sujettes les personnes LGBTQ2+ ne fait qu’empirer la discrimination, qui devient ainsi économique. Selon Statistique Canada, le revenu moyen des personnes de ces communautés est «nettement plus faible» que celui du reste de la population.

«Dans une situation de rareté et d’abordabilité des logements, les propriétaires vont être très sélectifs. Et c’est là que la discrimination est la plus forte», explique Martin Blanchard.

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