Société

Le logement plus abordable à Montréal qu’à Toronto. «Ouin, pis?»

Près d'un chantier de Griffintown, des grues sont visibles autour des grattes-ciel du centre-ville de Montréal.
Photo: Josie Desmarais/Métro

Montréal demeure bien plus abordable que Vancouver et Toronto. Et alors? Une nouvelle fiche socioéconomique de l’IRIS vient recadrer le débat sur l’abordabilité en soulignant la situation particulièrement difficile – et non souhaitée pour Montréal – dans ces deux villes canadiennes.

Les comparaisons entre Montréal, Toronto et Vancouver contribueraient à minimiser l’importance de la crise du logement que vit Montréal, souligne l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans sa fiche intitulée Trois mythes sur la crise du logement.

L’IRIS déplore l’habitude qu’ont les observateurs de comparer Montréal à ses consœurs canadiennes… qui sont parmi les plus inabordables au monde. L’entreprise de conseil économique Oxford Economics place la ville de Vancouver comme la plus inabordable en Amérique du Nord. De plus, le rapport Demographia place la ville britanno-colombienne au troisième rang des villes les plus inabordables au monde. Toronto suit en dixième place.

La situation est très mauvaise à Vancouver et à Toronto. Affirmer qu’elle est meilleure à Montréal ne signifie pas pour autant qu’elle soit bonne.

Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS)

Pour la chercheuse associée à l’IRIS Marie-Sophie Banville, il est donc important de considérer le marché immobilier dans lequel évolue Montréal afin de ne pas sous-estimer la crise du logement qui y sévit.

«On se console souvent en disant qu’en matière d’abordabilité, Montréal fait nettement mieux que Vancouver et Toronto, dit-elle. Trop souvent, on oublie ainsi que la métropole québécoise évolue dans le marché immobilier canadien, qui est l’un des plus inabordables au monde.»

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) soutient les propos de l’IRIS. Pour sa porte-parole, Véronique Laflamme, il y a un «danger important» à comparer Montréal aux autres villes canadiennes.

«L’abordabilité repose sur la capacité à payer et non pas sur le marché, explique Véronique Laflamme. C’est une logique qu’on a toujours contestée. Se comparer aux villes les plus chères au Canada pour dire que Montréal est encore abordable, ça ne tient pas la route.»

Montréal, si abordable que ça?

Selon l’IRIS, le mythe selon lequel Montréal est plus abordable que les autres doit cesser. L’indice des prix du logement neuf a progressé de +314% depuis l’année 2000. C’est presque le double du rythme de la ville de New York (+158%). Montréal se place aussi devant d’autres grandes villes nord-américaines comme Los Angeles (+296%) et San Francisco (+267%).

«Cette progression fulgurante des prix des maisons au fil des reventes nuit d’ailleurs aujourd’hui tant aux aspirant·e·s propriétaires qu’aux locataires, dont les loyers sont sous pression face à la flambée des prix de l’immobilier», explique l’IRIS dans un communiqué.

La FRAPRU rappelle que le recensement de 2016 a montré que 36,5% des ménages locataires consacraient plus de 30% de leur revenu à leur loyer. Depuis 2016, les coûts de la vie n’ont fait qu’augmenter. «Ce mythe-là contribue et a contribué aux abus de certains propriétaires malintentionnés», explique Véronique Laflamme.

Une «logique» qui s’étend au reste du Québec

La FRAPRU s’insurge de voir ce phénomène de comparaison s’étendre au Québec. Montréal servirait ainsi comme outil de comparaison pour faire augmenter le prix des loyers dans d’autres villes québécoises.

«Actuellement, ce qu’on voit dans d’autres villes [québécoises], c’est des spéculateurs qui veulent mettre les logements aux prix du marché de Montréal», explique Véronique Laflamme. Les spéculateurs immobiliers et les compagnies immobilières verraient ainsi dans les loyers moins chers une «source de profit à exploiter».

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