L'Amérique attend l'onde de choc
Des usines silencieuses, des pièces qui ne pourront être livrées à temps et même qui ne pourront être fabriquées avant un bon moment… La double catastrophe naturelle et la menace nucléaire qui se sont abattues sur le Japon secouent l’industrie automobile mondiale.
À voir ces images de l’autre bout du monde, on peut dire que c’est un miracle qu’on ne compte qu’un seul décès dans les usines automobiles nipponnes : un employé a été tué lorsque le toit d’une cafétéria du centre de recherche de Honda, à Tochigi, s’est effondré. Le problème, ce n’est pas tant que les usines aient été ravagées : en réalité, elles ont été relativement épargnées. La difficulté réside plutôt dans le fait qu’un nombre encore incalculable de fournisseurs ont été touchés. Et comment assembler une voiture s’il lui manque la transmission ou quelques-unes des 25 000 autres pièces qui la composent?
Et c’est sans compter ces routes détruites (comment assurer le transport des pièces?), ces trains qui ne roulent plus (comment se rendre au boulot?), ces ports dévastés (comment assurer les livraisons outre-mer?), la menace nucléaire et les coupures de courant au quotidien. C’est pourquoi au lendemain de la tragédie, les sept grands constructeurs japonais, même les moins touchés, ont choisi d’arrêter la production de plusieurs, sinon de toutes leurs usines. Certaines compagnies ont partiellement relancé leurs activités jeudi ou vendredi dernier, mais la plupart attendent le début de cette semaine pour convenir de la suite des choses.
Ce qui est est sûr , c’est que l’immobilisme de bon nombre d’usines d’assemblage et de fabrication de pièces aura des répercussions jusque chez nous. Dans quelle mesure? Tout dépend de la vitesse avec laquelle les choses reprendront, disent les experts. Kohei Takahashi, analyste chez J.P. Morgan Securities à Tokyo, croit que «les dommages à l’industrie ne persisteront pas à très long terme».
Notre gourou canadien de la statistique automobile Dennis DesRosiers prédit que la production sera compromise non pas pour des années, mais au moins pour six à huit semaines. «Voilà qui aurait un impact sur la disponibilité des véhicules en Amérique du Nord, y compris au Canada, » affirme-t-il.
Les grands comme Honda et Toyota se font rassurants : puisque 80 % de leurs véhicules (70 % pour Nissan) vendus sur notre continent y sont assemblés, il ne faudrait pas, disent-ils, craindre la pénurie. Tout de même, pour le moment, Toyota a suspendu tout quart de travail supplémentaire en Amérique «pour s’assurer d’un niveau d’inventaire adéquat de pièces provenant du Japon».
D’autres constructeurs pourraient bientôt emboîter le pas et même suspendre temporairement leurs opérations sur notre continent – même les Américains qui, comme Ford, comptent sur des fournisseurs japonais pour les batteries de leurs hybrides.