Vivre ensemble

2021, l’année du schisme entre les vaccinés et les non-vaccinés

Une femme vaccinée vue de dos, dehors.
Katherine* (prénom fictif) vit difficilement les conflits liés à la vaccination dans sa famille très clivée. Photo: Josie Desmarais/Métro

Le début de la campagne de vaccination a créé un véritable schisme entre les personnes vaccinées et les non-vaccinés, faisant apparaître de l’exclusion et des tensions au sein de la société québécoise. Mais ce climat social se reflète aussi au sein des communautés et des familles.

D’un côté, il y a les bons (les vaccinés) et de l’autre, les mauvais (les non-vaccinés), déplore la professeure titulaire au Département d’histoire de l’Université de Montréal, Laurence Monnais. 

C’est du moins ce que tentent de nous faire comprendre les gouvernements en focalisant sur l’effort vaccinal comme unique solution à la pandémie, affirme la chercheuse. Celle-ci étudie le phénomène de la non-vaccination depuis bien avant 2020. «Le problème, c’est les tensions que ça suscite au sein des communautés, dans les écoles, entre parents d’élèves et entre membres d’une même famille», explique-t-elle. 

Mme Monnais estime qu’il est important d’aller à l’encontre des discours typiques et dommageables qui associent systématiquement la non-vaccination à «un refus explicite, égoïste et ignorant». «Ça fait des [gens] provaccination les détenteurs de la morale, de la vertu; les bons citoyens», ajoute-t-elle.

Stigmatisation et tensions

Depuis le début de la campagne de vaccination, et plus particulièrement depuis la mise en place du passeport vaccinal, Marguerite* se sent isolée du monde. Elle a fait le choix de ne pas recevoir le vaccin contre la COVID-19. 

À 22 ans, «dans la fleur de l’âge», elle ne peut plus sortir prendre un verre avec ses amis vaccinés. Elle ne peut aller au théâtre ni même travailler comme avant la pandémie. «C’est là qu’on voit qu’il y a un fossé. Il y a deux mondes qui se sont créés à l’intérieur même des villes, des maisons et des familles. C’est-à-dire qu’il y a des gens qui ont de la liberté et des gens qui n’en ont pas», se désole-t-elle.

Si Marguerite a reçu d’autres vaccins par le passé, une myriade de raisons, autant politiques, idéologiques que personnelles, la motivent à refuser d’être vaccinée contre la COVID-19. Elle mentionne vivre, au quotidien, de la violence psychologique et du mépris. Elle observe également beaucoup de solitude chez les non-vaccinés. «Il y a vraiment une phobie des non-vaccinés», souligne-t-elle.

Il y a un écart qu’on est en train de créer dans la société de manière volontaire et éclairée. Les gens sont très conscients que, lorsqu’ils se vaccinent, ils se mettent dans une catégorie de la population et, en refusant le vaccin, dans une autre catégorie.

Marguerite, 22 ans, non vaccinée

Inversement, il y a les personnes doublement vaccinées qui estiment avoir participé à «l’effort collectif». Parmi celles-ci, plusieurs ont choisi de couper les ponts avec certains de leurs proches non vaccinés. Une décision qui n’est pas toujours facile à prendre. 

C’est le cas de Katherine*, 27 ans. Pour elle, la vaccination et les mesures sanitaires ont créé une scission dans sa famille maternelle entre les membres vaccinés et les non-vaccinés.

«Quand est arrivé le temps des vaccins, ça a vraiment créé une fracture parce qu’on n’était pas d’accord quant au fait d’aller voir ma grand-mère s’ils n’étaient pas vaccinés, dit-elle. Ça a créé des grosses disputes et on en est venus, les enfants, à se bloquer sur Facebook, à ne plus se parler. Et on a sauté les dernières festivités pour ne pas se croiser.» 

Elle n’est pas la seule. Plusieurs personnes vaccinées ont fait part à Métro de tensions au sein de leurs différents groupes sociaux.

Susciter le dialogue

Selon Laurence Monnais, il est tout à fait légitime pour une personne vaccinée d’éviter les réunions de famille où se trouvent des personnes non vaccinées. «On peut très bien respecter un non-vacciné, mais pas pour autant vouloir passer le réveillon de Noël avec cette personne», soutient-elle.

Cependant, la coresponsable du programme CoVivre estime qu’il faut susciter le dialogue et dépolariser les échanges, «c’est-à-dire s’assurer que les gens, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre, envisagent leurs échanges autrement que comme “t’es vacciné, c’est bien, et tu n’es pas vacciné, c’est mal”», explique-t-elle.

Avoir une opinion nuancée et réfléchie qui nous mène à la vaccination ne veut pas dire que celui en face de moi qui n’est pas vacciné n’a pas une approche nuancée et réfléchie.

Laurence Monnais, chercheuse

Katherine a ouvert le dialogue avec des membres de sa famille paternelle qui sont réticents à la vaccination. «Il y avait vraiment un respect qui n’était pas présent de l’autre côté de ma famille, où c’était de la confrontation tout le temps», soutient-elle.

Sans réel dialogue, les conséquences des tensions actuelles pourraient persister bien après la pandémie, prévient Laurence Monnais. «Il y a des gens extrêmement fâchés par la politique gouvernementale, qui se sentent mis à l’écart de plus en plus. Et ce sont des gens qui ne pardonneront pas à l’État», indique-t-elle.

Ils risquent de déménager ou de se désintéresser de la vie sociale et politique. En effet, Marguerite aimerait quitter le pays pour «vivre avec moins de stress, d’angoisse, de mépris, de haine et de solitude».

*Les noms ont été changés pour préserver l’anonymat des personnes.

Inscrivez-vous à notre infolettre et recevez un résumé quotidien de l’actualité de Montréal.

Articles récents du même sujet