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Le mythe du joueur des grandes occasions

Nous sommes en prolongation durant le septième match de la finale de la Coupe Stanley. Un joueur se présente devant le gardien, il fait une feinte et marque. Ce dernier n’offre pas seulement un championnat à son équipe, il prouve qu’il est capable d’élever son niveau de jeu quand ça compte le plus.

Le joueur héros. Voilà une des figures narratives favorites des journalistes – incluant celui qui écrit ces lignes. Il est tentant d’écrire ce genre d’histoire. En plus de donner du mordant à un texte, elle transforme le sport en quelque chose de plus grand qu’un simple exploit athlétique. Comme si un joueur, l’espace d’un instant, avait été porté par une force supérieure pour donner à son équipe et aux partisans le prix tant convoité.

Le sport regorge de moments de ce genre : l’attrapé avec le casque de David Tyree contre les Patriots de la Nouvelle-Angleterre au Super Bowl, le but de Bobby Orr en prolongation lors de la finale de la Coupe Stanley de 1970 et, plus récemment, le but en or de Sidney Crosby aux Jeux de Vancouver.

Personne ne met en doute la grandeur de ces moments. Cependant, nous pouvons nous demander s’ils sont réellement le fruit du jeu d’un joueur des grandes occasions (en bon français, d’un joueur clutch).

«La conclusion de la communauté des statisticiens est que cet effet existe probablement, mais qu’il est très petit, affirme Tom Awad, collaborateur au site Hockey Prospectus. Les joueurs demeurent des humains, et les humains réagissent tous différemment au stress. Cependant, l’effet est minime comparé au talent général du joueur.»

Kevin P. Mongeon, du Sports Analytics Institute, utilise le but de Crosby en finale du dernier tournoi olympique pour expliquer le phénomène. «Est-ce que c’était un jeu clucth? Eh bien, Crosby était sur la glace alors que d’autres joueurs n’y étaient pas. Il y a d’emblée un problème de sélection, dit-il. Ensuite, Crosby a plus de chance de marquer parce qu’il est meilleur que les autres, pas nécessairement parce qu’il est clutch.»

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Voici un autre exemple. «Si un joueur compte 40 % plus de buts gagnants que les autres, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il est clutch, indique M. Mongeon. Il est peut-être le meilleur marqueur d’une équipe qui est toujours impliquée dans des matchs serrés.»

Même s’ils observent les grands moments du sport d’un œil critique, les amants des statistiques ne cherchent pas à gâcher le plaisir des amateurs. «Nous ne voulons pas enlever le côté romantique», affirme M. Mongeon.

D’ailleurs, son associé au Sports Analytics Institute, Mike Boyle, croit que le phénomène du joueur des grandes occasions serait un sujet d’étude intéressant. «Ça vaut la peine d’essayer de comprendre comment un joueur se débrouille dans différents circonstances, affirme-t-il. Les équipes pourraient ainsi savoir si un tel joueur change son comportement quand son équipe tire de l’arrière ou quand elle est en avance d’un but en troisième période, par exemple.»

Victoires et défaites : «La chance a un effet significatif»
Les matchs remportés par un but sont nombreux dans la LNH. Est-ce que cela veut dire que les équipes ont besoin de chance pour enregistrer une bonne fiche.

«De nos jours, le talent est tellement bien distribué partout dans la ligue que la chance a un effet significatif sur les matchs, affirme Tom Awad. Dans un match de saison régulière, les deux équipes qui s’affrontent n’ont pas une chance égale de l’emporter, mais, par exemple, disons que la meilleure équipe a 57 % des chances de l’emporter. Ça ne prend pas grand-chose pour que l’équipe moins talentueuse gagne.»

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