L'eau douce, source de conflit au Moyen-Orient
L’accès à l’eau douce est un enjeu de taille entre Israéliens et Palestiniens. Le dessalement de l’eau de mer pourrait permettre l’avènement de la paix en Terre sainte. Mais ce procédé est-il viable sur les plans environnemental et politique?
Les Israéliens peuvent se laver, boire et tirer leur chasse d’eau sans avoir à y penser. Les Palestiniens, par contre, n’ont accès qu’au quart de l’eau que consomment leurs voisins. Ils affirment en outre que celle dont s’abreuve Israël est en fait la leur. L’eau est donc, on l’aura compris, un enjeu de taille dans cette région du Moyen-Orient. «Le whisky est pour boire, l’eau est pour se battre», a déjà dit Mark Twain.
«Au Moyen-Orient, l’eau est en effet une source de conflit, confirme Ahron Bregman, professeur des Études sur la guerre au King’s College de Londres. La paix ne se fera jamais entre Israéliens, Palestiniens et Arabes si la question du partage de l’eau potable n’est pas résolue. Les populations augmentent rapidement là-bas, et la région souffre de longues périodes de sécheresse.»
Les principales sources d’eau douce de la région sont le fleuve Jourdain et l’aquifère de montagne, en grande partie alimenté par les précipitations qui tombent sur les montagnes de Cisjordanie (rive ouest du Jourdain). Malgré cela, Israël a droit à 80 % de cette eau et à toute celle du Jourdain. Selon un rapport d’Amnesty International, un Israélien consomme en moyenne 200 litres d’eau par jour, tandis qu’un Palestinien doit se contenter de 70 litres. En outre, quelque 200 000 Pa-lestiniens vivent sans aucun accès à l’eau potable.
C’est ici que le processus de dessalement de l’eau, dont les résultats ont été exceptionÂnels dans la région du golfe Persique, pourrait jouer un rôle clé. Aujourd’hui, près de 15 400 usines de désalinisation extraient le sel de l’eau de mer un peu partout dans le monde afin de produire de l’eau douce. «Le Programme des Nations unies pour l’enviÂronnement (PNUE) a présenté le dessalement comme une solution pour Gaza, où l’eau est souvent polluée, indique Francesca Burke, spécialiste du Moyen-Orient travaillant pour Amnesty International. Le problème est que, bien qu’il y ait de l’eau en Cisjordanie, Israël empêche les Palestiniens d’en avoir suffisamment.»
Dov Khenin préside le comité paritaire sur la santé et l’environnement à la Knesset (le parlement israélien). «Le dessalement est une partie de la solution au conflit parce qu’il n’y a tout simplement pas assez d’eau potable, dit-il. Israël exploite déjà quelÂques usines de désalinisation et est en train d’en construire de nouvelles. Mais le processus de dessalement exige beaucoup d’énergie, ce qui produit des gaz à effet de serre.»
La bataille pour l’eau ne porte cependant pas uniquement sur l’eau. Plus tôt cette année, le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a déclaré qu’il voulait que l’Union européenne aide à construire une usine de dessalement dans la bande de Gaza. Certains analystes ont suggéré que le ministre ne faisait ainsi que créer des tensions entre Gaza et la Cisjordanie. «Le partage de l’eau est une question politique, explique M. Bregman. Et Israël va s’en servir pour obliger les Palestiniens à faire certains compromis. Les Israéliens pourraient ainsi dire : « Vous voulez plus d’eau? D’accord, mais alors faites certaines concessions, par exemple sur l’avenir de Jérusalem. »Â»
Dessalement: l’avis des experts
Tandis que les réserÂves d’eau douce de la planète diminuent, le Global Economic Outlook prévoit que la consommation d’eau potable dans les pays dévelopÂpés augmentera de 50 % d’ici 2025. On comprend donc toute l’importance que peuvent revêtir les usines de désalinisation, dont le nombre a plus que doublé au cours des 25 dernières années. «La demande d’eau dessalée explose en ce moment, déclare Lisa Henthorne, ancienne présidente de l’International Desalination Association. Les changements climatiques ont une incidence sur les réserves d’eau douce. Le dessalement de l’eau de mer est donc une approche qui fait rapidement son chemin dans des pays comme l’Australie.»
La désalinisation ne constitue cependant pas une solution miracle, prévient Dr David Santillo, chercheur travailÂlant aux Laboratoires de recherche de Greenpeace. «Les usines de désalinisation consomment beaucoup d’énerÂÂgie et sont alimentées par des combustibles fossiles. De plus, la boue qui résulte du processus de dessalement et qui est rejetée dans l’océan est nocive pour la vie marine.» Signalons enfin que certains semblent accros à l’eau dessalée. Ainsi, grâce à leurs usines de traitement de l’eau de mer, les Émirats arabes unis affichent aujourÂd’hui la consommation d’eau la plus élevée du monde, soit 550 litres par personne par jour!