Remettre les pendules à l'heure
J’ai été profondément choquée par la lettre «Mettre la main dans sa poche» de Danielle Laliberté, qui stipulait que les étudiants sont des enfants gâtés qui croient que tout leur est dû et qu’ils devraient payer leurs études. Vous dites que vous avez vous-même payé les vôtres. Je serais curieuse de savoir combien d’heures vous travailliez par semaine, combien vous étiez payée, quel était le coût de la vie alors, et, surtout, de combien étaient les frais de scolarité à l’époque.
Le coût de la vie augmente plus rapide-ment que le salaire minimum. Les frais de scola-rité sont à la hausse, mais le salaire étudiant reste sensiblement le même. Celui qui doit payer ses études est donc forcé de travailler de plus en plus pour combler cet écart. Si en plus les frais de scolarité triplent, l’étudiant devra travailler à temps plein pour se payer des cours auxquels il ne pour-ra assister de toute façon.
Vous parlez d’étu-diants comme égoïstes qui rechignent à mettre la main dans leur poche pour payer leurs études. Je dois vous dire que pour tous les étu-diants dont les parents ne paient pas les études et pour tous ceux qui sont sur les prêts ou sur les bourses, cette poche à laquelle vous faites référence est vide. Après une étude effectuée auprès des étudiants de premier cycle, la FEUQ a présenté son bilan : 50 % des étudiants vivent avec moins de 12 000 $ par année, et 25 %, avec moins de 7 400 $.
Ces chiffres comprennent malheureusement les montants donnés en prêts et bourses. Les universités sont endettées, je le conçois, mais exiger ce que les étudiants ne peuvent donner ne servira à rien. Certes, chacun paiera trois fois plus cher, mais près de la moitié des étudiants seront forcés d’abandonner l’école. La société est réticente à payer des taxes scolaires, mais il semble qu’elle ne réalise pas que ses étudiants seront un jour ses médecins, ses avocats, ses éducateurs et ses agents culturels.
– Sophie Arbour