Haïti attend toujours les résultats
Le président haïtien René Préval a officiellement reçu jeudi le rapport de l’OEA qui tente de résoudre l’impasse électorale. Il est mécontent de ses recommandations, qui préconisent l’exclusion du second tour du candidat nommé par son parti. Notre journaliste s’est rendu à Cité Soleil, un bastion de Jude Célestin, pour prendre le pouls des Haïtiens.
Au lendemain des commémorations de l’anniversaire du séisme qui a détruit Haïti, le peuple haïtien attend avec un mélange d’impatience et d’inquiétude les résultats définitifs du premier tour des élections présidentielles. Le gouvernement prenait officiellement connaissance hier des recommandations de l’Organisation des États américains (OEA), qui, selon plusieurs sources, recommanderait l’exclusion de Jude Célestin, le dauphin du président sortant René Préval, pour fraude massive.
À Cité Soleil, bastion de Célestin, la tension est palpable. Après nous avoir fait entrer chez lui pour ne pas être vu en train de parler à des étrangers, Eddie, un journaliste engagé, raconte qu’à cause des politiciens, la terreur règne dans le quartier. Selon lui, le premier tour de l’élection en novembre dernier était une farce. «Le gouvernement haïtien s’accapare les bandits pour qu’ils l’aident politiquement. Les bandits intimident les gens et nous font des menaces de mort. Nous ne sommes pas libres de voter ni de militer», confie-t-il. «Cité Soleil a soutenu Préval et maintenant Célestin. Les dirigeants profitent de la misère. Ils promettent de changer les choses et donnent de l’argent pour acheter les votes.»
Plus loin, des partisans de Célestin ont la mine déconfite. Avant-hier, Claude Medna, un jeune rappeur du groupe Positif, lançait avec force «Jude Célestin président! S’il est exclu, il va y avoir de la casse». AujourÂd’hui, il est en prison. Hier matin, un raid de la police nationale haïtienne a épinglé et mis sous les verrous plus d’une cinquantaine de résidants de Cité Soleil. Plusieurs habitants du quartier voient un lien entre ces arrestations et le dévoilement imminent des résultats définitifs du premier tour. La police voudrait limiter la casse.
Pourtant, la grande majorité ici semble vouloir une paix durable et l’amélioration des conditions de vie. «Nous vivons comme des animaux. Les enfants ne vont pas à l’école. Les jeunes n’ont pas de travail», se désole Yamuska, un évadé de prison repenti, très influent dans son quartier. En dehors des campagnes électorales, le travail des politiciens se fait peu sentir à Cité Soleil. «Depuis Aristide, aucun président n’a rien fait ici», laisse tomber Louis Jeune Olwich, devant les maisons toujours debout du Projet Aristide. Ces habitations modernes inaugurées en 1995 dans un plan pour revitaliser le bidonville ont survécu au tremblement de terre, mais les latrines n’ont pas été vidées depuis l’exil de l’ex-président en 2004.
La misère règne à Cité Soleil. Les gens, désÅ“uvrés, ont faim. Des enfants nus courent dans les rues. La violence peut exploser à tout moment. «Les enfants disent qu’ils ont faim et les adultes leur donnent un gun. Qu’est-ce qu’ils vont faire avec? Ils vont aller dehors et voler quelque chose, parce qu’ils n’ont rien», dit Yamuska. Cité Soleil et Haïti veulent du changement. Peu importe le candidat qui passe au deuxième tour et qui devient président, la tâche sera difficile. Le peuple est à terre et compte beaucoup sur son prochain président pour l’aider à se relever.