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Sarkozy le Libyen

Qu’ont en commun Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi? Un langage cru, pour employer un euphémisme diplomatique. Mais le président français a beau avoir la langue trempée parfois dans le vinaigre, c’est un enfant de chÅ“ur comparé au «guide suprême» libyen. «Nous irons vous chercher dans les chiottes et nous serons sans pitié», a dit le maître de Tripoli aux insurgés de son pays, quelques heures avant le vote du Conseil de sécurité le menaçant militairement.

Le locataire de l’Élysée a heureusement mis les poings sur la table et convaincu les États-Unis et la Grande-Bretagne qu’il ne fallait pas laisser le colonel massacrer son peuple à tour de bras. Sarkozy aurait dû s’indigner plus tôt. Mieux vaut tard que jamais cependant, et à Benghazi – bastion des insurgés libyens assiégés depuis des semaines – les drapeaux français sont à l’honneur.

Si la France a pris les devants dans le «printemps libyen», c’est pour faire oublier ses valses-hésitations de janvier, quand les Tunisiens furent les premiers des Arabes à descendre dans la rue au nom de la démocratie et que la ministre des Affaires étrangères d’alors offrait candidement le savoir-faire de l’Hexagone pour en finir avec la «révolution du jasmin».

D’une manière ou d’une autre et au-delà de l’éternelle donne pétrolière, Sarkozy avait besoin d’un «grand coup» pour faire oublier les couacs de sa diplomatie dans le monde arabe. Il a réussi. Les «rats et les chiens» qui tenaient tête à Kadhafi ne seront pas écrasés, et s’il finit par planter sa tente ailleurs que dans les sables rougis de sang de son pays, le président mal aimé des Français sera alors adulé par les Libyens.

Ils oublieront l’accueil chaleureux réservé à Paris en 2007 à celui qu’Anouar el-Sadate, le président égyptien assassiné en 1981, appelait déjà le «fou de Libye». Ils ne tiendront même pas compte des propos de Saïf al-Islam, affirmant que son père avait financé la campagne présidentielle de Sarkozy, deux ans plus tôt. L’essentiel, c’est d’arrêter le massacre.

Au-delà de «Sarko le héros», l’important pour Paris est de ne pas voir la Libye, frontalière de quatre pays francophones (Algérie, Tunisie, Tchad et Niger), se transformer en Somalie. Personne d’ailleurs ne tient à un tel scénario. Maintenant que l’opération «Aube de l’odyssée» a commencé, que faire pour aider les populations massacrées du Yémen, du Bahreïn et depuis quelques jours de la Syrie? Le leader de ce dernier pays, Bachar el-Assad, avait été reçu en grande pompe à Paris en décembre. Sarkozy lui avait déroulé le tapis rouge, comme il l’avait pour Kadhafi trois ans plus tôt.  

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