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Réponse à M. Lauzon

Merci M. Lauzon. Vous me rappelez mille fois pourquoi non pas par lâche­té, mais par dégoût, je ne suis pas pro-syndicaliste et pro-faites-moi-vivre-sans-payer-iste. Dans votre texte d’hier, vous mêlez plu­sieurs enjeux pour ensuite rejeter la responsabilité sur la jeunesse lâche tout entière, sans aucune distinc­tion. Je me reconnais dans les accusations que vous portez contre les jeunes. 

Je suis de ceux qui regardent les syndicats perdre de l’importance, les tarifs d’électricité monter, les frais de scolarité grimper, ainsi de suite, et qui ne font rien. Vous nous accusez de lâcheté. Je vous réponds que c’est de plein gré que je laisse mourir les dinosaures que vous avez artificielle­ment maintenus en vie. Je ne vois pas l’utilité de votre retraite à rien faire, de vos syndicats obligatoires et plus puissants que l’Assemblée nationale, de droits des travailleurs, expression inventée pour justifier qu’une technique policière puisse être mieux payée qu’un doctorant. En 2011, ce n’est pas la CSN qui fait que j’ai un emploi, c’est le fait que je sois capable de planter plus d’un milliard de Chinois dans mon emploi de tous les jours. C’est difficile, M. Lauzon, mais j’y arriverai, pour votre retraite, vos auto­routes à chars et vos ponts.

Je regarde vos énumérations et j’arrive à en isoler le dénominateur commun : ce sont toutes de très belles idées qui ont émergé depuis 1970. En même temps, la dette québécoise passait d’à peine une dizaine de milliards à 238 G$ (si on ne soustrait pas les actifs). Il me faut donc conclure que la caractéristique de la Révolution tranquille est simple : de bonnes idées, de gros coûts, de l’audace sans limites, mais ce sont nos jeunes qui vont payer la facture. Et ils n’auront pas le choix : on a déjà mis ça sur la carte de crédit.

Mais on est lâches de vendre certaines de vos créations. Vous êtes-vous demandé ce qu’on payait avec cet argent épargné? Indice : la santé est le plus gros poste de dépense au Québec. L’autre, c’est l’éducation. Alors que le poids dans le budget du premier augmente, l’autre descend constamment et c’est pour cela qu’on me demande de débourser plus pour chaque session d’université. Pourquoi j’accepte? Pour que les vieux comme vous, M. Lauzon, soient encore là pour me traiter de lâche dans 10 ans, et que je puisse soupirer en souriant. Je sais que c’est lâche, mais après avoir payé mes impôts, mes dettes d’études, et travaillé 70 heures par semaine le restant de mes jours, ça va me faire plaisir de me faire prendre 52 % de ce que je fais comme salaire pour vous garder en vie.

Mais non, M. Lauzon, je ne garderai pas vos dinosaures en plus, ils m’empêchent de vous fournir un lit à l’urgence. Comme quoi, nous n’avons pas de cou­rage, ni de sens des priorités. C’était bien mieux dans les années 1960-1970.

– Guillaume Charette, Montréal

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