Dans la peau d'un musulman new-yorkais
Baye Dia, Sénégalais de confession musulmane, vit à New York depuis 1994. En 2001, il était agent de sécurité au World Financial Center. Chaque jour, il passait devant les tours jumelles. Le 11 septembre, il était en congé.
«Je devais passer récupérer mon chèque de paie dans la journée et aller faire les magasins avec ma femme», se souvient l’homme de 50 ans. Mais ce jour-là, rien ne s’est déroulé comme prévu. «Je faisais la grasse matinée et mon téléphone a sonné. Et j’ai appris ce qui se passait à Manhattan. J’ai allumé la télé; avec ma femme on regardait ce qui se passait. C’était irréel. J’habitais dans le New Jersey, à 20 minutes de là. Je suis sorti sur ma terrasse et c’est comÂme si le temps s’était arrêté. Il n’y avait plus aucun bruit. Tout était calme. On ne réalisait pas ce qui venait de se passer», raconte ce père de deux enfants.
Il n’est pas retourné au travail pendant un an, puis il a changé de métier. «L’entreprise a été fermée pendant plus d’un an; alors, je me suis trouvé un autre job. C’est comme ça que j’ai obtenu mon poste de gestionnaire des équipements informatiques. À l’époque, on disait qu’il y avait des émanations de gaz autour des tours; alors, j’ai préféré ne pas prendre de chance», confie Baye Dia.
Même s’il n’a pas été victime de préjugés en raison de son statut d’immigrant, il reconnait qu’à la suite des attentats, une certaine lourdeur administrative s’est installée. «Les choses sont devenues plus lentes. Auparavant, il y avait moins de démarches administratives. Il fallait moins de justificatifs pour un permis de conduire, par exemple», explique-t-il. Mais il précise que c’est deÂvenu le lot quotidien de tous les immigrants.
En effet, selon un récent sondage réalisé par le Centre de recherche Pew, plus de 52 % des personnes interrogées croient que leur groupe est ciblé par les politiques antiterroristes du gouvernement américain et affirment ainsi faire l’objet d’une surveillance accrue.
Pour ce qui est de la discrimination ou de la méfiance de la part des gens concernant sa religion, Baye Dia se dit chanceux, même si selon le même sondage, 28 % des musulmans interrogés ont dit avoir été traités avec méfiance par leur entourage, tandis que 22 % affirment avoir été insultés.
«Je n’ai jamais été exposé à la violence ou aux insultes. Je suis musulman et pratiquant. Le vendredi, je m’absente pour aller prier, et je fais le ramadan. Mais, moi, je suis Sénégalais; donc, les gens ne le savent pas s’ils ne me connaissent pas. Mes collèÂgues et mon entourage sont au courant et je n’ai jamais ressenti une quelconque réticence à mon égard. Et jamais, avec des gens que je ne conÂnais pas, je ne me suis senti offensé ou menacé.»
En revanche, il a déjà été témoin de conversations desquelles l’Islam et les musulmans étaient dépeints de manière péjorative. «J’ai déjà entendu des choses comme : « Il faut se méfier des musulmans », « Ce sont des personnes en qui il ne faut pas avoir confiance »», confie Baye Dia.
Certains Occidentaux font, depuis les attentats, l’amalgame entre l’Islam et le terrorisme. «Il y en a qui mettent tout le monde dans le même panier. Il y a certains Occidentaux qui ont peur et qui ne comprennent absolument rien à l’Islam. Mais ce n’est qu’une minorité de personnes.»
Baye Dia mène une existence des plus simples et n’a rien changé à ses habitudes depuis le 11 septembre. Il travaille, s’entraîne et le reste de son temps, il le passe avec sa famille. Sa philosophie de vie l’aide probablement à aborder sereinement son quotidien de musulman à New York et à relativiser. «Il y a des personnes formidables et des personnes à éviter partout dans le monde. Mais ces dernières ne sont qu’une minorité », conclut-il.