Le printemps arabe, un an plus tard
Mohamed Alaa, un artiste de 27 ans du Caire, en Égypte, est frustré. Plus tôt cette année, il était l’un des nombreux manifestants sur la place Tahrir qui ont forcé le président Hosni Moubarak à démissionner. «C’était plutôt facile de chasser Moubarak, dit-il. Il était la fumée, mais le feu, le Conseil suprême des forÂces armées, brûle toujours. Si nous voulons un pays meilleur, nous devons nous attaquer au Conseil.»
Il y a un an, l’Égypte sans Moubarak semblait impensable. «Les spécialistes du Moyen-Orient prédisaient une révolte depuis 10 ou mêÂme 15 ans, note Nadim Shehadi, analyste au laboratoire d’idées Chatham House. La mort de Saddam Hussein a réveillé des gens. Et tandis que les profits liés au pétrole augmentaient sans cesse, le fossé entre les riches et les pauvres se creusait. Malgré tout cela, le printemps arabe a pris tout le monde par surprise.»
Mohamed Bouazizi, un vendeur de fruits tunisien, s’est immolé le 17 décembre 2010, après des années de harcèlement de la part des autorités. À la suite de cet événement, des milliers de Tunisiens frustrés ont commencé à marcher en protestation contre le régime autoritaire en place. Un an plus tard, le gouÂvernement de Zine el-Abidine Ben Ali était remplacé après des élections libres.
L’Égypte aussi a connu des élections démocratiques cette année. Dans les deux pays, les partis islamistes sont sortis vainqueurs, mêÂme si le Conseil suprême des forces armées demeure fort en Égypte.
«De 30 à 40 % des voix en Tunisie et en Égypte sont allées aux islamistes et nous croyons que cette tendance se maintiendra, avance David Hartwell, un spécialiste du Moyen-Orient à la firme IHS Global Insight. Nous ne saurons pas à quel point ces islamistes sont radicaux tant que les nouvelles constitutions ne seÂront pas écrites.»
Une des raisons qui expliquent pourquoi des dictateurs sont parvenus à s’accrocher au pouvoir aussi longtemps est que ces politiciens se sont présentés longtemps comme des remÂparts à l’islamisme. «Le monde extérieur était terrifié à l’idée que ces pays soient pris d’assaut par les islamistes, mais maintenant que la chose s’est concrétisée, les inquiétudes semblent s’être estompées, explique M. Shehadi. Mais nous ne sommes qu’au début d’une longue période de transition.»
Malgré des élections chaotiques dans son pays et le fait que le Conseil suÂprême des forces armées soit encore présent, Mohamed Alaa est optimiste. Ses amis et lui continuent de protester et il a récemment lancé un webzine pour les artistes. «Nous poursuivons ce que nous avons commencé», conclut-il.
Comment votre vie a-t-elle changé dans la dernière année?
- Alaa Jarban
22 ans, Sanaa, Yémen
Nous avons commencé à manifester après les soulèvements en Tunisie et en Égypte. Alors, ça fait neuf mois maintenant. Plusieurs personnes sont mortes. Le mois dernier, la communauté internationale a demandé au président Saleh de partir, mais les choses ne bougent pas. Les forces armées continuent d’attaquer les manifestants. Mais nous sommes des milliers dans les rues et nous ne partirons pas tant que nous n’aurons pas de démocratie.
- Virginie En Nabli
46 ans , Hammamet, Tunisie
Avant décembre 2010, nous vivions heureux et en sécurité, mais dans un pays dirigé par un homme avide de pouvoir et d’argent. Depuis que la révolution a débuté, les gens sont un peu perdus. Mais je demeure optimiste. Nous sommes passés par beaucoup d’émotions dans la dernière année, c’est norÂmal que tout ne soit pas encore en place. Tout est arrivé un peu trop rapidement. La Tunisie va ressortir de tout ça plus forte et plus unie. - Osama Nassar
33 ans, Daraya, Syrie
Il y a un an, je n’aurais jamais pu imaginer quelque chose de semblable, même dans mes rêves les plus fous. En terme de violence, la situation empire. De plus en plus de gens sont tués. Mais de plus en plus de genes se joignent aux manifestants. Ma femme et ma fille ont dû quitter la maison pour des raisons de sécurité. Mais ma femme appuie mon implication et mes revendications. Elle croit en moi et est prête à faire des sacrifices. - Hossam El-Rashidy
25 ans, Le Caire, Égypte
La vie est bien différente d’il y a un an. Avant, nous ne pouvions parler librement et partager nos idées. Le régime nous traitait comme des ânes. Nous ne sommes pas allés au bout de ce que nous voulions. En Égypte, l’armée est comme une pieuvre : ses bras sont partout. Nous devons nous attaquer à la tête. Les gens commencent à comprendre que la réelle autorité est dans ses mains et non dans celles du régime.
Les visages politiques, un an plus tard
- Tunisie
Avant: Zine el-Abidine Ben Ali
Maintenant: Moncef Marzouki (président); Hamadi Jebali (premier ministre) - Libye
Avant: Mouammar Kadhafi
Maintenant: Conseil national de transition - Égypte
Avant: Hosni Moubarak
Maintenant: Élections parlementaires remportées par les Frères musulmans et les partis salafistes. - Syrie
Avant: Bashar al-Assad
Maintenant: Bashar al-Assad - Yémen
Avant: Ali Abdallah Saleh
Maintenant: Mohammed Salem Basindwa - Bahreïn
Avant: Roi Hamed ben Issa Al Khalifa
Maintenant: Roi Hamed ben Issa Al Khalifa