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La vie dangereuse des reporters de guerre

Elisabeth Braw - Metro World News

Ils portent des gilets pare-balles, ont des téléphones satellites et savent détecter les tireurs embusqués, tout en écrivant des articles de journaux. Les reporters de guerre : accros à l’adrénaline, parfois idéalistes, ou les deux. Ils évoluent dans un contexte de plus en plus dangereux. La légendaire Marie Colvin n’est que la dernière victime de cette espèce particulière de journaliste.    

Marie Colvin est morte de la même façon que bien des civils dont elle a parlé dans ses reportages : victime d’un bombardement en Syrie. «C’est l’enfer», témoignait la légendaire journaliste la veille de sa mort, le 22 février.

Zoriah Miller, photographe de guerre de renom, connaît les risques du métier. «Tu ne sais jamais à quel point tu es près d’une mine ou d’une bombe, dit-il. Une fois, j’étais sur le point de pénétrer dans un des tunnels qui relient Gaza à l’Égypte, mais j’ai été retardé. Quelques instants plus tard, le tunnel s’effondrait. Une autre fois, des soldats israéliens ont tiré et blessé gravement un de mes collègues, et une autre fois encore, un kamikaze à Bagdad s’est exécuté lors d’une rencontre gouvernementale que je venais juste de quitter.»

Bienvenue dans le dangereux monde des reporters de guerre. L’an dernier, 42 journalistes ont été tués dans le monde. De ce nombre, 25 couvraient des guerres ou des zones dangereuses.

Cette année, trois correspondants de guerre ont déjà été tués, tous en Syrie : Marie Colvin, Rémi Ochlik et Rami Al-Sayed. Actuellement, la Syrie, l’Irak et la Somalie sont parmi les pays les plus risqués pour les journalistes.

«Au cours des 12 ou 18 derniers mois, un nombre grandissant de journalistes, dont beaucoup d’Occidentaux, ont été tués alors qu’ils couvraient des conflits ou des guerres, dit Frank Smyth, conseiller principal pour la sécurité des journalistes au Comité pour la protection des journalistes. Mais la majorité des journalistes tués sont des journalistes locaux couvrant des sujets locaux, et ils sont tués en toute impunité.»

La plupart des bons reporters de guerre sont accros à l’adrénaline ou motivés par un désir de révéler la vérité, dit Paul Moorcraft, un vétéran du métier et ami de Marie Colvin. «Le journalisme de guerre est le terreau d’un profil psychologique particulier. Ces journalistes ne font pas ce qu’ils font pour l’argent; la plupart sont des pigistes. C’est une authentique quête de la vérité.»

Alors que dans le passé, les correspondants de guerre accompagnaient les armées, ils sont maintenant souvent des agents libres. Dans une conférence donnée l’année dernière, Marie Colvin expliquait pourquoi. «Le public a le droit de savoir ce que notre gouvernement et nos forces armées font en notre nom. Nous pouvons faire et, de fait, nous faisons une différence en exposant les horreurs de la guerre.»

Elle ajoutait toutefois : «Il n’a jamais été si dangereux d’être un correspondant de guerre, parce que les journalistes dans les zones de combat sont devenus des cibles de choix.»

Faux reporters
Beaucoup de reporters choisissent de rester en
sécurité dans les hôtels. Jeremy Bowen, un reporter de guerre pour la
BBC, se souvient avec consternation d’une de ses collègues en
Afghanistan.

«Elle se levait, ouvrait son ordinateur, jetait un œil aux fils de
presse, imprimait quelques textes, les lisait, les digérait et allait
sur le toit. Ensuite, quelqu’un à Londres pouvait dire : « Les Américains
disent qu’ils ont effectué 24 bombardements la nuit dernière. » La
correspondante disait alors : « C’est exact, et les zones les plus
touchées sont Kandahar et des cibles militaires à Kaboul. » Ça, ce n’est
pas du journalisme.»

À lire : Survivre à la guerre
Dans How To Avoid Being Killed in a Warzone, son plus récent livre, Rosie Garthwaite, une reporter de guerre de 32 ans, livre des trucs pour survivre au journalisme extrême.

Voici quelques objets indispensables que recommandent des vétérans des terrains difficiles. «Une gourde très résistante et des lampes de poche avec de très nombreuses piles pour parer aux coupures d’électricité», recommande Leith Mushtaq, un cameraman d’Al-Jazeera.

D’autres conseillent de se munir d’aiguilles propres, d’antiseptiques, de cachets de purification d’eau et d’un jeu d’échecs portable – voire même de préservatifs. «Le danger semble exciter tout le monde!» écrit Rosie Garthwaite.

***

«Certains font un burnout ou boivent»
Entrevue avec Paul Moorcraft, Reporter de guerre et professeur

Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à devenir reporter de guerre?
Les gens commencent à faire des reportages de guerre par intérêt, et très vite, ils ne peuvent plus s’en passer. Parfois, leur démarche comporte une once de vanité, mais il y a quelque chose de plus profond qui les pousse. Toutefois, beaucoup font un burnout, deviennent alocoliques ou divorcent.

Les reporters de guerre  sont-ils amis les uns avec les autres ou concurrents?

Lors de gros conflits comme la Guerre du golfe, il y a une sorte de hiérarchie. Mais pour couvrir les conflits plus petits, les reporters sont solidaires. Les anciens montrent aux nouveaux comment sortir des pays et y entrer, leur expliquent qu’ils doivent porter un gilet pare-balles et leur apprennent à se dégoter un bon fixer.

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