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L'amour aveugle

Au moment d’écrire cette chronique, je suis assise dans un café branché de mon quartier (je me montréalise, tsé). À ma droite, un garçonnet maladroit et une jolie fille bien fringuée discutent devant un café glacé. Leur odeur de deuxième date me pince un peu l’envie.

Montréal est gentille avec les célibataires. Oui, oui. Même si j’entends les filles dire à tous vents qu’à notre âge, les gars sont soit casés, soit maillets, je refuse d’adopter leur attitude. Je viens d’un monde où on croise moins de gens en six mois qu’en 15 secondes au métro Berri-UQAM. Dans les circonstances, j’ai peine à croire qu’il n’y en a pas un pour moi de caché quelque part dans cette foule. Please.

Le dating world au sud, c’est la jungle. Dans les préparatifs pré-sortie, en plus d’enfiler son kit le plus cute, on se parfume aux grandes attentes. On juge le mec selon les chaussures qu’il porte et le resto choisi pour le premier rencart. On fantasme sur la deuxième date en espérant pique-niquer au parc Lafontaine au son d’un quatuor à cordes et on se fait un point d’honneur d’appliquer toutes les règles du Code de la parfaite célibataire qui ne veut pas avoir l’air désespérée. Honnêtement, on se complique la vie en ta…

Quand tu es Inuk, tu ne te soucies ni du resto, ni des chaussures, ni du deuxième rendez-vous. Quand tu es Inuk, tu veux seulement quelqu’un avec qui tu pourras faire ta vie et des enfants. Il n’y a pas de game de séduction ni de petites attentions. Il y a seulement deux personnes qui ont la chance de ne pas être de la même famille. Et qui s’aiment bien, en prime.

Dans chacun des 14 villages du Nunavik, on trouve un registre des familles. Il ne sert pas uniquement à recenser la population; on le consulte pour s’assurer que l’élu de son cœur n’est pas, en fait, un cousin. Le nombre d’enfants adoptés dans les communautés inuites dépasse l’ima­gi­nation. Les filles-mères sont très nombreuses et donnent souvent leur nouveau-né à leur mère, à une tante ou à
une autre dame du village qui se porte volontaire pour l’élever. Il n’est donc pas rare de tomber amoureux de son voisin qui, en fait, est un frère d’un père différent.

En revanche, si l’homme qui donne le genou mou n’a aucun lien de parenté avec soi, il n’est pas question de le laisser partir. Les chances d’en trouver un autre, surtout dans un univers de 300 personnes, sont peu élevées. On s’explique mieux pourquoi ces femmes ferment les yeux sur l’adultère, la violence conjugale et les excès d’alcool. On comprend un peu mieux les raisons de leurs trop nombreux suicides. Un peu comme les célibataires du sud, elles espèrent un homme dans leur lit, une table avec plein d’enfants, et, avec un peu de chance, une belle histoire d’amour.

Un quatuor à cordes? Pourquoi?

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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