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Les enseignants pas si déprimés

Staff - Journal Forum de l'Université de Montréal

Selon les données d’une vaste étude menée par des chercheurs de l’Université de Montréal, le mal-être n’est pas tout à fait aussi répandu qu’on le croit chez les profs. Plus de 94 % des enseignants sondés sont en bonne santé psychologique. De plus, la moitié des cas d’enseignants qui ne vont pas bien est concentrée dans 10 % des établissements. «Forcément, ce sont ces écoles qui font les manchettes. Cette condition n’est pas généralisée, bien qu’il existe évidemment des enseignants souffrant de sérieux problèmes de santé psychologique», remarque André Savoie, professeur de psychologie.

M. Savoie et ses confrères Luc Brunet et Jean-Sébastien Boudrias ont parcouru la province afin d’évaluer la santé psychologique des enseignants. Environ 600 d’entre eux issus d’une trentaine d’établissements scolaires ont rempli une batterie de questionnaires qui mesuraient leur détresse et leur bien-être selon trois paramètres, c’est-à-dire les rapports à soi, à autrui et au travail. Chaque fois, 65 % du corps enseignant de l’école sondée devait répondre aux questionnaires.

En effet, certaines études ont déjà rapporté des taux de stress spectaculaires chez les enseignants, bien qu’un faible pourcentage d’entre eux ait été interrogé. «Il est impossible que 40 % des gens soient en mauvaise santé psychologique, car ils seraient tous dysfonctionnels, et le système s’écroulerait, critique Luc Brunet. Souvent, les questionnaires sur le stress révèlent le mécontentement d’une minorité de gens qui ne vivent pas forcément une grande détresse.»

André Savoie mentionne par ailleurs que son équipe ne s’est pas contentée de mesurer le stress. «La santé psychologique ne se résume pas au simple concept de stress, dit-il. On doit aussi tenir compte du bien-être. Une personne peut être stressée, mais vivre un certain bien-être. C’est un peu comme si l’on évaluait sa santé financière. Pour faire le bilan, on doit analyser ses dettes et ses avoirs. Il est évident qu’une dette de 100 000 $ n’a pas le même poids si les avoirs dans un cas s’élèvent à 1 500 000 $ et dans l’autre à 90 000 $.»

Un diagnostic de mauvaise santé psychologique ne peut être posé que si un individu présente une grande détresse et un faible bien-être. La moitié des professeurs dont la santé psychologique laisse à désirer se trouvent dans un nombre restreint d’écoles. Heureusement, la plupart des établissements de l’étude ne comptaient aucun enseignant en mauvaise santé,
ce qui amène M. Brunet à conclure que «certains milieux organisationnels sont plus propices que d’autres à l’éclosion de tels problèmes.»

Les chercheurs ont découvert que les rapports à soi et au travail sont souvent à l’origine d’une santé psychologique déficiente. Ils ont aussi mis le doigt sur un phénomène troublant : les enseignants aliénés. Ces personnes sont désengagées par rapport à leur travail. Elles ne vivent ni détresse ni bien-être; leur état est donc très peu représenté dans les études de stress traditionnelles. «Nous avons analysé le vécu de ces enseignants, mais cette donnée confirme que nous devons maintenant nous pencher sur l’aspect comportemental de la santé psychologique», indique Jean-Sébastien Boudrias, qui a effectué les mêmes recherches en France et obtenu des résultats fort similaires.

À la lumière des résultats de leur étude, les chercheurs aimeraient proposer des pistes d’intervention. «Le climat de travail, le leadership des directions et les individus eux-mêmes doivent être ciblés», énumère M. Savoie. Déjà, les écoles sondées ont eu droit à une rétroaction de la part des chercheurs. «Nous avons pris une première mesure dans chaque école et une seconde quelques mois plus tard, explique M. Brunet. Les établissements ont reçu deux rapports sur l’état de la santé psychologique de leurs enseignants. Certaines écoles se sont améliorées; beaucoup, après avoir reçu le premier rapport, nous ont téléphoné pour demander de l’aide.»

Bref, chaque école a besoin d’une intervention personnalisée. Parfois, ce sont les enseignants eux-mêmes qui doivent, d’une certaine façon, se prendre en main. «Il y a bien sûr les programmes d’aide aux employés, mais des études ont démontré que les gens peuvent renforcer leur optimisme et leur résilience», note M. Boudrias. L’armée américaine a d’ailleurs créé un programme de ce genre pour ses soldats, baptisé Comprehensive Soldier Fitness. «Travailler sur soi est plus long et plus compliqué qu’alléger la charge de travail, mais les effets sont plus durables», conclut André Savoie.

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