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Trois fois plus de pistolets Taser au SPVM

Photo: Archives/La Presse Canadienne

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a pris la décision de tripler le nombre d’armes à impulsion électrique (AIE). Toutefois, l’administration municipale n’était pas au courant de cette orientation.

Le corps policier a l’intention d’équiper chaque duo de patrouilleurs d’une arme à impulsion électrique (AIE). «Nous avons annoncé hier une phase qui débute maintenant. L’objectif est d’avoir un ratio de une AIE par duo, afin de donner des outils supplémentaires et de diminuer au maximum le risque de blessures», a déclaré mardi le commandant Daniel Gervais, lors d’une séance de la commission sur la sécurité publique de la Ville sur sur l’utilisation des armes intermédiaires.

Il confirmait ainsi l’information, révélée par La Presse, selon laquelle le chef de police par intérim, Martin Prud’homme, avait envoyé un courriel à ses troupes dans lequel il faisait part de cette orientation.

Pour l’instant, chaque poste de quartier a accès à une AIE, sauf dans le Plateau–Mont-Royal et dans Ville-Marie, où chaque duo de patrouilleurs a déjà une AIE, a précisé M. Gervais. Le nombre de tasers passera donc de 64 à 179.

La responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Nathalie Goulet, a affirmé en commission que l’administration n’était «pas au courant» de cette augmentation drastique du nombre d’AIE.

«C’est un projet qui a été développé de manière indépendante par le SPVM, a indiqué le président de la commission, Alex Norris. On prend acte de la proposition de M. Prud’homme. Ultimement, la décision sera approuvée par les instances municipales appropriées.»

M. Norris n’a pas voulu s’avancer sur un possible renversement de la décision par les élus. En 2007, la Ville avait imposé un moratoire sur l’achat de nouveaux pistolets Taser. C’est seulement l’an dernier que cette interdiction a été levée, avec un achat d’une cinquantaine d’armes.

L’opposition à l’hôtel de ville, Ensemble Montréal, a déploré que Mme Goulet n’ait pas «fait partie prenante» de cette orientation. «C’est très préoccupant, a affirmé le chef de l’opposition, Lionel Perez. On est tous pour une séparation entre le SPVM et le politique. Est-ce que c’est allé un peu trop loin dans ce cas-ci? La question se pose.»

Une décision décriée

Plusieurs voix se sont élevées mardi pour dénoncer l’acquisition de davantage de pistolet Taser, dont celle du conseiller de Coalition Montréal, Marvin Rotrand, et la Ligue des noirs du Québec. Celle-ci est convaincue que cela va faire «augmenter les cas de brutalité policière envers les minorités visibles». «Il ne faut pas généraliser comme ça, a soutenu à Métro le vice-président de la Ligue, Gabriel Bazin. Je crois qu’on met entre leurs mains des armes meurtrières.»

Le groupe a rappelé qu’aux États-Unis, 1100 personnes sont mortes après l’utilisation d’un pistolet Taser et que les policiers ont été reconnus responsables dans 442 de ces cas.

L’inspecteur André Durocher a défendu la position des policiers, la qualifiant rassurante pour les citoyens. «Le but est de réduire l’utilisation de l’arme à feu au maximum. Dans le [pistolet] Taser, les blessures et la mort sont l’exception et non la règle», a-t-il soutenu.

M. Rotrand croit pour sa part que «c’est faux de croire que cette arme sauve des vies». Il craint la banalisation de cette arme, si elle se trouve dans chaque voiture de patrouille. «Dans beaucoup de services de police aux États-Unis, il y a des usages inappropriés», a-t-il avancé.

Le commandant Daniel Gervais lui a répondu que ce n’était «rien de nouveau» et que le but de cette directive était simplement «d’augmenter la disponibilité».

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