Le météore : en toute liberté
Même s’il se plonge dans les pensées d’un homme purgeant une peine de 14 ans de prison, Le météore est le film de François Delisle qui s’avère le plus libre, artistiquement parlant.
C’est un processus «à l’envers» qui a guidé François Delisle vers Le météore, nous raconte-t-il : «D’habitude, on part des mots pour aller vers les images, et là, je suis parti des images pour aller vers les mots, puis vers un film. C’est une drôle de valse!»
Tout a commencé par un échange avec la photographe Anouk Lessard, qui lui a envoyé des photos d’images prises dans la nature afin qu’il écrive ce que ça lui inspirait. Le but de départ, un livre (qui sera en librairie la semaine prochaine), s’est finalement mué en scénario.
De fil en aiguille s’est tissée l’histoire de ce quadragénaire, en prison pour avoir causé la mort de quelqu’un et commis un délit de fuite; de sa mère, qui lui rend visite chaque semaine; de son ancienne conjointe, qui tente de refaire sa vie. Le tout sur des images du quotidien, de rivière qui coule, d’océan, de soleil, de gros plan fixe sur le visage d’un ou l’autre des personnages. Et par-dessus ces images, les voix off d’Andrée Lachapelle, de Dominique Leduc, de François Papineau – qui prêtent leur discours aux visages de Jacqueline Courtemanche, de Noémie Godin-Vigneau et du cinéaste lui-même, qui incarne à l’écran le condamné, d’abord pour une raison pratique.
«On tournait des plans sur le bord de la mer, et je me suis dit que ça serait bien si le personnage principal traversait l’écran à ce moment-là, se souvient-il. J’y suis allé, et à partir de ce moment, je me suis un peu commis! Et j’ai voulu que la voix soit interprétée par un acteur professionnel, qui pourrait livrer le texte avec beaucoup plus de profondeur que je ne l’aurais fait.»
Il en est allé de même pour les voix de sa propre mère et de son fils, qui incarnent aussi physiquement des personnages, tout comme le font Noémie Godin-Vigneau et Laurent Lucas. Mais au-delà du côté pratique de la chose, la pulsion artistique a participé à la décision de procéder ainsi. «C’était comme un désir – quasi inconscient au départ – de créer une scission entre l’image et le son», affirme-t-il.
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Quand on présente le film à l’étranger, cette idée s’est confirmée : François Delisle a découvert par les commentaires qui revenaient souvent que les spectateurs étaient très marqués par cette tension entre l’image et le son.
«Il y a quelque chose qui n’appartient plus au film, dans une certaine mesure, qui appartient plutôt à celui qui le regarde. Quand on accepte cette proposition-là, ça nous emmène dans nos propres réflexions sur ce qui se passe à l’écran. Ça devient participatif, on n’est pas passif. C’est sûr que celui qui s’attend à regarder le film passivement, il peut trouver ça plate!» lance-t-il en riant.
De l’avis du cinéaste, Le météore marque en quelque sorte un point de non-retour dans sa carrière. «Ça va être mon plus beau souvenir de tournage, un moment magique, dit-il. J’ai tourné sur une longue période, et, même si c’était des paysages, il y avait une recherche, je m’investissais dans chacun des plans. Et ça fait du bien de faire ça, parce que, quand on a un emploi du temps très chargé, on n’a pas le loisir d’être patient comme ça, de prendre le temps de faire les choses. Perdre cet aspect-là serait une défaite pour moi. Je ne pourrai jamais revenir à quelque chose où je me sens compressé dans le temps. J’aime mieux avoir moins de moyens, mais plus de temps. C’est là que quelque chose se passe pour moi. Donc, mes prochains films ne vont sûrement pas ressembler au Météore, mais ils vont être obligatoirement libres.»
Renouveler le cinéma
François Delisle en est conscient : même si Le météore est loin d’être un film inaccessible, l’étiquette de film expérimental qui lui est apposée risque d’en faire fuir quelques-uns. Tant pis.
«Il faut que les cinéastes puissent aller vers une recherche, une démarche nouvelle, sinon on ne fera que reproduire ce que tout le monde fait depuis 100 ans. Il faut oser et proposer des choses différentes, quitte à ne pas rejoindre tout le monde. De toute façon, moi, par exemple, les films commerciaux, ils ne me rejoignent pas; je n’en fais pas… Mais je ne déchire pas ma chemise en public à cause de ça!»
Cela dit, le cinéaste est très heureux que Le météore ait été aussi bien reçu dans le circuit des festivals – Berlin, Sundance, et récemment en clôture des RVCQ – fait rare pour un film aussi en marge : «Mais la marge, il ne faut jamais oublier que ça retient le milieu!»
Le météore
En salle dès vendredi