Montréal vendra ou cèdera 80 sites pour du logement
La Ville de Montréal mettra 80 sites à la disposition des développeurs pour construire des projets de logement, dont 40 sites qui sont prêts à être cédés ou vendus à des organismes à but non lucratif pour du logement hors-marché. Le règlement du «20-20-20» sera aussi assoupli.
La mairesse Soraya Martinez Ferrada a annoncé vendredi une série de mesures visant à accélérer la construction de logements. Tel que promis en campagne électorale, elle compte utiliser les terrains appartenant déjà à la Ville pour lancer rapidement des projets.
La moitié des 80 sites ciblés par la Ville est déjà prête à accueillir des projets de logement hors-marché. D’importantes sommes seront également mises à la disposition des OBNL qui mettent de l’avant ces projets, dont une cagnotte de 50 M$ pour des travaux de préparation comme la démolition d’immeubles existants ou la décontamination du sol.
Au moment d’écrire ces lignes, la liste des terrains concernés n’était pas disponible. Elle sera diffusée au mois de mars.
Ces projets ne dépendront pas de l’entente sur le logement conclue mercredi entre les gouvernements fédéral et provincial.
«On veut aller vite», souligne la mairesse.
Assouplir le règlement «20-20-20»
L’autre clé pour construire d’autres logements est le remplacement du Règlement pour une métropole mixte, appelé couramment le règlement du «20-20-20». Ce règlement impose aux grands projets résidentiels d’inclure 20% de logements sociaux, 20% de logements abordables et 20% de logements familiaux.
Les résultats du règlement n’ont toutefois pas été au rendez-vous. La plupart des promoteurs ont simplement payé la pénalité financière pour éviter de se plier au règlement. D’autres ont construit ailleurs, menant à une diminution des mises en chantier à Montréal.
De façon transitoire, l’administration Martinez Ferrada permettra à tout logement hors-marché de se qualifier pour le règlement «20-20-20». L’obligation d’avoir 20% de logements familiaux restera toutefois.
Cet assouplissement permettra le lancement de projets qui ne nécessitent pas d’approbation du gouvernement du Québec, souligne la mairesse.
La mairesse a aussi mis sur pied un comité d’experts qui déterminera quels incitatifs financiers viendront ultimement remplacer le règlement. Des crédits de taxes, des permis d’occupation et des changements de zonage seront notamment au menu.
Optimisme prudent
Isabelle Melançon, présidente-directrice générale de l’Institut du développement urbain (IDU), se réjouit des mesures annoncées vendredi.
«On est très heureux. Il y a déjà plusieurs années qu’on se disait contre le « 20-20-20 » parce que c’était repoussant pour les promoteurs. Et d’ailleurs, on en a vu la preuve. Tout de suite après la création du 20-20-20, on a vu trois années consécutives de diminution des mises en chantier à Montréal», souligne-t-elle.
Même son de cloche du côté de l’UTILE, un OBNL qui construit des logements étudiants.
«C’est encourageant. On s’en va vers une approche qui est moins dépendante des autres paliers de gouvernement», souligne Laurent Levesque, président-directeur général de l’UTILE.
Mme Melançon et M. Levesque sont toutefois prudents quant à la probabilité de voir une réelle accélération de la construction de logements à Montréal, malgré les diverses annonces de cette semaine. L’entente Québec-Ottawa de mercredi ne précise pas où et comment les fonds pour les infrastructures liées au logement seront distribués, ni les interventions prévues de Maisons Canada. Les coûts des matériaux et du financement privé demeurent aussi excessivement élevés.
L’Opposition officielle se désole toutefois que l’annonce de Mme Martinez Ferrada ait pris trois mois à se concrétiser.
«Je reconnais la proposition de notre équipe de revoir le Règlement pour une métropole mixte», souligne Élise Tanguay, porte-parole de Projet Montréal en matière d’habitation. «On vient de perdre trois mois d’incertitude pour ça? Il y a des promoteurs, qui pendant ces trois mois, ont peut-être ralenti ou interrompu leurs projets.»
Elle ajoute que l’incertitude persistera jusqu’à ce que le comité d’experts nouvellement créé émette ses recommandations.
Le FRAPRU craint pour le logement social
Du côté du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), on dénonce la diminution annoncée des projets de logements sociaux. La porte-parole Véronique Laflamme souligne que les bâtiments acquis par la Ville au cours des dernières années étaient destinés à des projets de logements sociaux et abordables. Elle craint que les bâtiments qui ne sont pas déjà destinés aux OBNL soient utilisés pour des projets privés lucratifs.
«L’annonce de la Ville de ce matin confirme les craintes que nous pouvions avoir suite au budget. […] On comprends que la Ville pourrait utiliser des ressources qui avaient été réservées à du logement social pour des projets lucratifs», affirme Mme Laflamme.
Elle ajoute que les projets «hors marché» comprennent maintenant aussi des projets qui ne sont pas abordables. Avec l’ajout de logements dits «intermédiaires» dans ses programmes de financement, le gouvernement du Québec permet à des unités de logement loués au-dessus du prix médian du marché de se qualifier pour les programmes destinés au logement abordable.