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«La musique dans le sang»: l’incontournable bible de MusiquePlus

L'autrice et journaliste Marie-Lise Rousseau devant l'édifice ayant abrité les locaux de la défunte chaîne musicale MusiquePlus.
Marie-Lise Rousseau devant l'édifice ayant abrité les locaux de MusiquePlus. Photo: Collaboration spéciale - Denis Germain
Marie-Josée R. Roy - Collaboration spéciale

C’est peut-être l’ouvrage qu’attendaient les nostalgiques de MusiquePlus. Avec La musique dans le sang – Une histoire orale de MusiquePlus, la journaliste Marie-Lise Rousseau offre une rétrospective fouillée et très complète de l’histoire de la défunte chaîne musicale qui a accompagné l’adolescence de tant de natifs des années 1980 et 1990. Une véritable bible d’anecdotes croustillantes, plusieurs jamais entendues.

Au tournant de l’adolescence, Marie-Lise Rousseau adorait les Backstreet Boys. Elle s’est mise à syntoniser MusiquePlus dans le seul objectif de tomber sur les vidéoclips de ses idoles. Mais la gamine d’alors a fini par se passionner davantage pour MusiquePlus en général et s’est vite désintéressée du boys band de l’heure.

«Peut-être parce que Claude Rajotte ne trouvait pas ça bon et que j’étais influençable, rigole-t-elle aujourd’hui. Mais j’ai découvert tout un monde, parce que MusiquePlus jouait absolument toutes les sortes de musiques. Et c’était l’époque où, en attendant « ton » clip, tu regardais tout ce qui passait. Tu découvrais plein d’autres choses, ce qui permettait de développer nos goûts. De la fin de mon enfance, vers l’âge de 9 ou 10 ans, jusqu’à la fin de mon secondaire, je regardais constamment MusiquePlus.»

Des propos non édulcorés

Marie-Lise était reporter culturelle au Journal Métro en 2019 lorsque MusiquePlus a mis la clé à la porte, un poste qu’elle a occupé jusqu’en 2022. Aujourd’hui, on peut la lire dans Le Devoir, L’actualité et Québec Science.

À l’époque, l’antenne n’était plus que l’ombre d’elle-même et alignait surtout des téléréalités américaines. Mais avec l’annonce, Marie-Lise, qui a aujourd’hui 38 ans, a pris conscience de l’incroyable phénomène culturel qu’a été MusiquePlus pour les Québécois.

«Et il n’y avait jamais eu de projet de grande envergure, au-delà de chroniques à gauche et à droite, pour raconter l’histoire de ce phénomène», précise-t-elle.

En 2022, cette grande mélomane demandait un congé sans solde à son boulot pour se consacrer pleinement à son grand projet.

La lecture du bouquin The Office: The Untold Story of the Greatest Sitcom of the 2000s, dans lequel le journaliste Andy Greene, du Rolling Stone, donnait la parole à tous les artistes et artisans liés au succès de The Office, l’a aiguillée sur le format qu’elle voulait donner à sa brique documentaire. Dans son Histoire Orale de MusiquePlus de plus de 420 pages et quelque 80 chapitres, Marie-Lise superpose les citations de 52 personnalités ayant contribué de près ou de loin à l’existence de MusiquePlus, de ses fondateurs jusqu’aux nombreux VJs qui ont marqué les souvenirs des téléspectateurs. En passant par des réalisateurs, caméramans et autres employés de la station.

À chaque chapitre son sujet, et chacun raconte sa version des faits, sans intervention tierce de l’autrice. Celle-ci a dû abattre un travail de moine pour retracer tout ce beau monde, interviewer ces personnes une à une, retranscrire leurs propos et ensuite les assembler dans un tout cohérent.

«Moi, j’étais une spectatrice. Je voulais que ça soit les gens qui l’ont vécu qui le racontent. À travers eux, on peut quand même deviner certaines opinions. Et on se rend compte que rien n’est tout noir ou tout blanc.»

Sans Pierre Marchand

Marie-Lise Rousseau cite à cet égard la perception que plusieurs ont de Luc Doyon, arrivé à la tête de MusiquePlus et MusiMax en remplacement de Pierre Marchand, en 2008. À demi-mot, dans La musique dans le sang, on comprend que plusieurs accusent Luc Doyon d’avoir tué «l’âme» de MusiquePlus. Dans ces années, Astral Média, son nouveau propriétaire, cherchait à rendre MusiquePlus plus rentable. Or, les opinions sont envers lui sont, en réalité, très divergentes.

«Au départ, je l’ai approché en pensant que c’était sa faute, si MusiquePlus s’était mise à aller mal. J’avais le préjugé que le changement d’administration avait propulsé le déclin. Mais tout le monde m’a parlé de lui comme du meilleur boss qu’ils avaient eu. Et il a été super sympathique et généreux en entrevue. Son point de vue, c’est celui du gestionnaire qui avait des comptes à rendre. Il apporte beaucoup de nuances dans le livre. Il y a beaucoup de zones grises!»

Tous ont été très volubiles, précise Marie-Lise Rousseau, qui s’est réjouie de constater que, malgré les années, ses interlocuteurs n’en avaient pas du tout soupé de parler de MusiquePlus.

«Certaines entrevues ont duré jusqu’à deux heures. Personne ne s’est fait tordre un bras! Pour plusieurs, ça représente de bons souvenirs.»

L’ombre d’un grand absent plane néanmoins sur le livre: Pierre Marchand, reconnu dans l’imaginaire collectif comme le principal créateur de MusiquePlus, n’y témoigne pas. Or, il est question de lui du début à la fin. Idem pour Moses Znaimer, ancien copropriétaire torontois à l’origine de l’affaire.

«Je ne veux pas parler pour Pierre Marchand. Il a eu la gentillesse de m’appeler. On a eu une discussion et il m’a expliqué pourquoi il préférait ne pas participer, pour des raisons personnelles. Il a été très courtois, mais il ne voulait pas y prendre part. Finalement, c’est un livre sans l’apport des deux grands boss, mais on donne la parole aux gens qui étaient là, sur le plancher», explique Marie-Lise.

Une montagne d’anecdotes

Lancement tonitruant de MusiquePlus au Spectrum le 2 septembre 1986, débuts et parcours des Sonia Benezra, Marie Plourde et autres Véronique Cloutier, déménagement de MusiquePlus au coin Sainte-Catherine et De Bleury au milieu des années 1990, complicités et rivalités entre vedettes, histoires derrière les émissions et le célébrissime guichet Vox-Pop, destroys de Claude Rajotte, traductions simultanées en cours d’entrevues en direct, entrevues légendaires de Claude Rajotte avec Milli Vanilli ou de Paul Sarrasin avec Gene Simmons, passages de David Bowie et One Direction, décès de Kurt Cobain, escalade de changements en coulisses à partir des années 2000 et modification de la vocation de la chaîne, et, bien sûr, les innombrables folies que se permettaient les équipes en ondes et hors d’ondes lorsque les patrons avaient le dos tourné et même les crises d’egos… entre autres! Les récits juteux sont nombreux dans La musique dans le sang – Une histoire orale de MusiquePlus.

Et la version originale du manuscrit était deux fois plus longue que celle qui s’apprête à aboutir en librairie, tant l’autrice a amassé de matériel au fil de ses recherches.

«Le fait d’avoir les points de vue et les souvenirs des gens qui étaient derrière la caméra apporte aussi de la nouveauté. C’est 30 ans de télé. Quand tu reçois plein d’artistes internationaux par semaine pendant des années, des anecdotes, il y en a plein…»

Maintenant, la grande question, souvent posée, et difficile à esquiver définitivement: est-ce qu’une résurrection de MusiquePlus serait aujourd’hui possible? Marie-Lise Rousseau hésite à trancher.

«Pas dans le format qu’on l’a connue. Si MusiquePlus revenait, encore faudrait-il qu’elle s’adresse aux jeunes. Comme plusieurs l’ont souligné, MusiquePlus n’évoque plus, pour les jeunes d’aujourd’hui, ce que ça évoque à la génération X et aux milléniaux. La chaîne MuchMusic, version canadienne de MusiquePlus, est sur les réseaux sociaux, avec 5 millions d’abonnés sur TikTok. Il y a des créateurs de contenu et ce qu’ils font marche super bien. C’est un format plus court et plus léger que les entrevues d’autrefois avec les « Artistes du mois ». Mais il ne faudrait pas que MusiquePlus revienne pour que ça ne marche pas! C’est bien délicat…»

N’empêche, MusiquePlus aura fait office d’école et de terrain de jeu ô combien formateur pour quantité de communicateurs.

«On parle beaucoup du fait que les jeunes ne s’intéressent plus à la musique, à la culture, mais il y avait quelque chose chez MusiquePlus qui les rejoignait, qui leur parlait. Ce genre de médium n’existe plus, la télé câblée ne représente plus l’avenir, mais il y avait un sentiment d’appartenance très fort quand on regardait ça», conclut Marie-Lise Rousseau.

Le livre La musique dans le sang – Une histoire orale de MusiquePlus sera en vente le 31 mars.

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