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Le semeur: l’art tranquille du semencier

Photo: collaboration spéciale

«Je me suis enfargée dans le jardin de Patrice», confie à Métro la réalisatrice Julie Perron. Patrice, c’est Patrice Fortier, le créateur de la curieuse Société des plantes. Elle s’y est enfargée pendant quatre ans, le temps requis pour montrer dans Le semeur toutes les facettes du personnage, un artisan de la terre aux idées créatrices.

Comment avez-vous découvert Patrice Fortier et la Société des plantes?
J’ai fait d’autres films qui sont des portraits ou des événements, qui sont nés de rencontres directes. Là, ce n’était pas du tout le cas. J’avais en tête un sujet. Je voulais rencontrer des gens qui sauvaient des aliments, des végétaux, des fruits. J’avais cette idée de préserver le vivant; ça m’intéressait, le patrimoine végétal mondial. Je voulais aller un peu partout! Mais finalement, je me suis enfargée dans le jardin de Patrice, rencontré sur la recommandation d’un ami.

Quand je suis allée le rencontrer au départ, c’était plutôt dans l’idée d’un cheminement, de commencer par la semence, d’aller voir d’autres gens ailleurs et revenir. Mais je me suis rendu compte que sa pensée était tellement riche, il y avait vraiment quelque chose. On parlait de semences, mais on parlait aussi d’art, de patrimoine, d’anthropologie, de ses influences amérindiennes… Je suis donc revenue à mon réflexe premier – mes autres films sont aussi un peu comme ça, je fréquente assez longtemps une seule personne. En voulant changer, j’ai fait la même chose (rires)!

Votre idée de départ, c’était d’aborder le patrimoine végétal mondial. Pourquoi était-ce un thème qui vous intéressait?
J’avais envie de beauté. J’avais envie de parler de quelque chose d’important. Dans mes autres films, j’ai parlé de l’importance de résister, de la liberté des médias… J’ai abordé des thèmes par des gens. Et là, je me suis dit, on parle beaucoup de la nature, des dangers comme le réchauffement climatique, de la perte de la biodiversité. Ce sont des sujets qui deviennent des reportages – c’est intéressant, mais qui portent ces projets? Qui sont les gens qui sont assez allumés pour se lever le matin et avoir envie de mettre ces sujets de l’avant? L’idée, c’était d’aller à la rencontre de personnes qui portent les enjeux. Pour les humaniser, pour qu’on s’identifie. On est tous des humains. Les humains qui parlent aux humains, c’est toujours porteur.

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Le tournage s’est déroulé pendant quatre ans. Comment avez-vous abordé un film dont le tournage s’est effectué sur une aussi longue période?
J’ai fait autre chose (rires)! On ne peut pas en vivre, alors évidemment j’avais d’autres projets. Mais on l’aborde de manière un peu moins pragmatique, un peu plus philosophique. On donne le temps, et on dit que le temps, c’est payant en documentaire. On essaie de voir ça comme une force. Il y a les saisons aussi. C’est toujours une stimulation. On se dit : «c’est pas la même saison, ça ne sera pas pareil dans le jardin».

Avec le recul, comment décririez-vous Patrice Fortier?
C’est quelqu’un d’important, de généreux, qui fait quelque chose d’absolument essentiel pour nous. Planter une graine, c’est un acte de résistance. Il le fait tout seul. Il ne va pas dans la rue, il ne dénonce pas : il agit. Et ça m’intéresse des gens comme ça, qui n’attendent pas qu’on leur dise «t’es beau, t’es fin, c’est bon ce que tu fais». Ils le font. Pour moi, c’est une liberté d’esprit et de pensée, et ça se perd. Des gens comme ça, j’ai juste envie de les mettre en lumière.

***
Le patrimoine de l’avenir
Patrice Fortier est semencier. Avec son entreprise établie à Kamouraska, La société des plantes, il préserve des semences patrimoniales et cherche, avec amour, à leur donner vie hors du passé, vers l’avenir. Le semeur est son portrait à travers les saisons, sensible, dans un quotidien qui mélange agriculture et art.

Le semeur
Présenté dans le cadre des RIDM
Au Cinéma Excentris
Vendredi soir à 20 h 30

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