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Martin Luther King III: «Le rêve de mon père n’a pas encore été réalisé»

Photo: Denis Reggie

«I have a dream», clamait Martin Luther King Jr il y a 50 ans. Aujourd’hui, son fils aîné, Martin Luther King III, poursuit sa mission de défenseur des droits de la personne au sein de différentes organisations. S’il estime que les aspirations de son père n’ont toujours pas été pleinement réalisées, M. King est confiant qu’elles pourront l’être un jour. Il en discutera lundi à l’événement Unis pour l’action (We Day), une série de conférences à Montréal organisée par l’organisme Enfants Entraide, qui travaille à sensibiliser les jeunes à l’implication sociale.

Dans votre travail comme militant pour les droits civils, vous vous impliquez notamment pour l’éducation des jeunes. Pourquoi misez-vous sur cette question?
Au sein de tous les mouvements dans le monde où des changements majeurs ont lieu, ce sont les jeunes qui se battent au front. Bien sûr, il doit aussi y avoir des adultes, parce qu’ils donnent l’exemple, mais les jeunes ont de l’énergie et de la résilience. La seule manière de créer un monde meilleur pour les générations futures, c’est d’avoir des jeunes engagés.

Bien sûr, il doit aussi y avoir des adultes, parce qu’ils fournissent l’exemple, mais les jeunes jouissent de l’énergie et la résilience. La seule manière de créer un monde meilleur pour les générations futures, c’est d’avoir des jeunes engagés. Sans quoi, éventuellement, le mouvement n’existera plus.

Pensez-vous que les jeunes aux États-Unis et dans le monde vivent dans une société qui leur donne toutes les chances de réussir?
Je crois que la société fournit certaines opportunités, mais il n’y en a pas assez. Si c’était le cas, nous n’aurions pas de problèmes de sans-abris ou de personnes sous-alimentées. Certaines régions du globe font un travail suffisant, mais de façon générale, on doit trouver le moyen de faire mieux pour créer davantage d’opportunités.

Quelles actions peuvent être entreprises pour éliminer la pauvreté?
On doit toujours avoir un plan stratégique. Par exemple, plusieurs personnes à travers le monde, durant le temps des Fêtes, font des dons alimentaires. C’est merveilleux. Le problème, c’est qu’il y a tellement de personnes sous-alimentées qu’on a besoin de s’impliquer davantage. On doit participer à la création de petites fermes, par exemple. Ainsi, tout le monde serait en mesure de faire pousser ses propres aliments. Avec un plan approprié, on peut faire face au problème.

Plusieurs personnes sont sans logis. Alors nous avons besoin de trouver un moyen pour créer d’autres lits dans les secteurs urbains et dans les communautés autour, pour que les gens dans le besoin puissent se reposer et chercher un emploi par la suite. C’est une énorme tâche. Il y a certaines communautés qui y font peut-être face plus adéquatement que d’autres, mais généralement, je ne crois pas qu’on fasse un travail suffisant.

Est-ce le rôle du gouvernement d’augmenter leurs efforts?
Je crois que c’est le rôle des communautés, des entreprises, des églises. C’est le rôle de tous. Ce n’est pas juste le rôle d’une seule entité. Le gouvernement a bien sûr un rôle significatif à jouer, mais les entreprises doivent continuer à jouer un rôle plus grand. Il y a de merveilleuses entreprises à travers le monde qui le font, mais il y a encore plus à faire.

Croyez-vous qu’il y a toujours une discrimination sociale ou économique envers la communauté afro-américaine aux États-Unis?
L’accès difficile à l’argent est l’un des problèmes majeurs qui affectent la communauté afro-américaine. Les banques et les institutions financières ne les financent pas beaucoup. On doit trouver un moyen d’augmenter l’aide fournie à cette communauté, qui a dépensé 1 billion de dollars cette année à travers le pays. Ainsi, c’est l’économie en général qui pourra mieux se porter. Il faut du renouveau, afin de créer des entreprises, de l’innovation et des technologies.

En 2013, comment pouvons-nous observer l’héritage de votre père, Martin Luther King Jr, dans la société?
Son discours fournit un modèle et une inspiration pour, je l’espère, la population mondiale. Chaque année, aux États-Unis, au «King Holiday» en janvier, nous évaluons. On se dit: «OK, nous n’avons peut-être pas réalisé le rêve l’an dernier, mais on réaffirme notre engagement à travailler pour lui durant la prochaine année.»

Cependant, certains des projets qui y sont dédiés, le sont seulement pour ce jour de célébration. Mais nous avons besoin de l’étendre, pour que ces activités restent tout au long de l’année. C’est ainsi qu’on pourra voir des changements radicaux dans notre pays, parce que les gens seront engagés pour faire une différence dans leur communauté et dans notre pays.

Cela fait 50 ans cette année que votre père a prononcé son célèbre discours en faveur des droits civils des Noirs américains. En 2013, qu’en est-il de son message?
Mon père parlait de trois petits diables qu’il voulait voir disparaître de notre planète: la pauvreté, le racisme, ainsi que le militarisme et la violence. Nous avons fait du progrès autour de la race dans notre pays et dans le monde, notamment quand les États-Unis ont élu le premier président afro-américain en 2008, [Barack Obama]. C’était significatif, mais ce n’était pas la manifestation ou la réalisation du rêve de mon père. En 1963, 23 millions de personnes vivaient dans la pauvreté aux États-Unis, maintenant, il y en a près de 65 millions. À mon avis, nous n’avons pas encore réalisé le rêve de mon père. Il faut trouver le moyen de faire face aux trois diables en doublant, voire même en quadruplant nos efforts.

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